Calendrier de travail

Mardi 18 janvier 1916

Permission exceptionnelle Aujourd’hui, un violent duel d’artillerie secoue la région. Monsieur Goethals, curé de Wervicq, obtient exceptionnellement l’autorisation de venir confesser les religieuses cominoises. Henry Dumortier dort à peine, tant la question de la cave le tracasse. Dès 9 h 30, il retourne avec son père à la Commandantur. Quelques instants plus tard, ils ressortent sans résultat. Vers 11 h 30, Henry apprend que le commandant vient de quitter son bureau; il l’accoste aussitôt. Le commandant accepte de se rendre à la brasserie et, une fois sur place, déclare que les travaux ne se feront pas. Henry respire enfin :…

Mercredi 19 janvier 1916

400 cylindres déchargés au Touquet. Le temps est assez clair. De nombreux aéros apparaissent; vers 9 h, on peut en compter une dizaine, dispersés dans le ciel. Quelques bombes tombent au Mai-Cornet et au Vieil-Dieu. Au Touquet, à Warneton, quatre cents « cylinders » anglais sont brusquement déchargés de leur gaz toxique face à la 25ᵉ Division allemande. NDLR : Petit film d’illustration, un amas de plusieurs centaines de très longues bonbonnes de gaz. On peut imaginer les mêmes manipulations pour le Touquet. Dans l’après-midi, les obus frappent Warneton-Deûlémont et les environs immédiats; depuis le centre de Comines, on les…

Jeudi 20 janvier 1916

Journée relativement calme. La journée est relativement calme, bien que le canon se fasse entendre à plusieurs reprises. À Comines France, une rumeur circule : les Allemands auraient utilisé hier du gaz asphyxiant. Les Cominois comprennent désormais ce que contiennent les boîtes de conserve que les soldats transportent depuis peu : des masques à gaz. Respirator, anti-gas, M1917 Lederschutzmaske & Container: German (EQU 3918) Respirator comprising leather face mask with fitted mica eyepieces mounted in circular metal frames. The mask has an elasticated head harness and is fitted with detachable metal filter. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/30015959 Pendant l’absence…

Vendredi 21 janvier 1916

Cela passe au dessus de la ville Durant la nuit, des fûts de sirop sont déchargés à la brasserie Dumortier, en provenance de la gare. On brasse aujourd’hui pour la première fois et, fait remarquable, les ouvriers habituels ne sont pas rappelés : ils sont remplacés par ceux de la brasserie Dumont (Mortreu, etc.). Concernant les travaux de fortification, il semblerait désormais que la cave à bétonner se situe à la brasserie Dumortier plutôt qu’à la maison du brasseur. Dans l’après-midi, vers 14 h 45, un bombardement se produit ; quelques obus passent au-dessus de la ville sans y tomber.…

Samedi 22 janvier 1916

Artillerie toute la journée. Hier soir, le canon a tonné longuement ; des obus ont sifflé au-dessus de la ville en direction de Bousbecque. Durant la nuit, une très forte détonation retentit, proche d’une explosion. Toute la journée suivante, l’artillerie se répond sans relâche. Ce matin, vers 9 heures, cinq décharges puissantes secouent l’air. On ignore leur nature exacte : bombes, obus lourds ou explosions de mines — impossible à déterminer depuis la ville. Il est désormais possible, munis d’un passeport, de se rendre à Wervik pour s’approvisionner en cigarettes, médicaments, viande ou miel. Les prix ne sont pas meilleurs…

Dimanche 23 janvier 1916

Des rats en circulation. Les canonnades se poursuivent sans relâche et résonnent jusque dans les faubourgs. À Comines France, le pharmacien Deschildre se prépare à passer trois jours en prison pour avoir refusé de délivrer un médicament à un soldat allemand. Celui-ci réclame une potion que l’officine ne possède pas, mais l’absence de produit ne suffit pas à convaincre l’autorité militaire qui impose la sanction. Depuis hier soir, un second capitaine du 182ᵉ régiment saxon et ses ordonnances s’installent dans la maison du brasseur Dumortier. Le premier officier, quant à lui, part loger à Bousbecque. L’inconvénient est qu’en quittant les…

Lundi 24 janvier 1916

Les chiens ratiers sont réquisitionnés. Hier devait se tenir le contrôle des chevaux. Tous les animaux sont rassemblés au Godshuis mais, une fois sur place, la vérification est reportée au lendemain. Aujourd’hui, vingt-sept chevaux sont réquisitionnés, parmi lesquels ceux de Madame Dumont. Le mulet de la brasserie Dumortier est quant à lui rendu, mais les autres mulets et trois ânes sont emmenés. À Comines France, on réquisitionne cette fois les chiens ratiers. Pour les autres chiens, les propriétaires doivent s’acquitter de la taxe imposée. photograph (Q 115420) Pet dog of the Middlesex Regiment with its catch of rats in the…

Mardi 25 janvier 1916

Tué dans son jardin La nuit, le canon tonne sans discontinuer. Les batteries allemandes bombardent et l’on perçoit aisément le roulement de leurs obus. Au matin, le temps est très clair, avec une gelée blanche qui recouvre les toits et les jardins. De nombreux aéroplanes sillonnent le ciel et l’on assiste à des combats aériens. L’autorité allemande supprime les passeports jusqu’à nouvel ordre, même pour Wervicq. Il est désormais impossible de quitter Comines, et l’entrée en ville est interdite aux étrangers, à l’exception de quelques habitants de Bas-Warneton autorisés à venir se ravitailler. Vers quatorze heures, plusieurs appareils survolent la…

Mercredi 26 janvier 1916

De gros obus éclatent. On s’attendait, ce matin, à la reprise du bombardement, mais la journée demeure étonnamment calme. De lourds projectiles continuent toutefois d’exploser dans les tranchées ou dans les localités voisines, faisant vibrer les maisons jusque dans leur charpente. Le 6th Royal Scots Fusiliers arrive à Ploegsteert, non loin de la ville où le sergent C.H. Rowland venait de composer la célèbre rengaine « Mademoiselle from Armentières ».À proximité, Winston Churchill passe sa première nuit à l’ouvroir des Sœurs de Charité. Il dispose d’une chambre agréable, donnant sur les champs en direction des lignes allemandes situées à trois kilomètres à…

Jeudi 27 janvier 1916

Pas notre Albert. Anniversaire de Guillaume II.En Belgique, seuls trois ou quatre drapeaux sont visibles (chez Madame Ferrant, chez Isebart et à la gendarmerie). À Comines-France, en revanche, les drapeaux sont omniprésents, certains même bavarois. Sur la Grand-Place, les mâts dressés sont pavoisés. Les cabarets doivent rester fermés à partir de treize heures jusqu’au lendemain à onze heures. En Belgique, ce régime est déjà quotidien : avec la retraite fixée à seize heures, les estaminets ne peuvent rouvrir avant le lendemain. À Comines-France, arrivent deux compagnies de « mal foutus », comme les surnomment les Cominois : jeunes trop frêles,…

Vendredi 28 janvier 1916

Les allemands attaquent. La nuit est marquée par un duel d’artillerie.Au matin, trois enterrements civils ont lieu, dont celui du boucher Decruyenaere ; la veille déjà avait eu lieu celui du domestique de Mahieu. Lorsqu’un décès survient, la Commandantur doit en être informée afin qu’un médecin militaire allemand en constate officiellement la mort. Les vicaires de La Clyte et de Dickebusch rendent visite aux enfants de leur paroisse, regroupés aux environs de La Panne dans une colonie dirigée par la Reine des Belges. Sur la route, ils croisent d’abord les militaires anglais jusqu’au nord de Poperinge, puis des territoriaux français…

Samedi 29 janvier 1916

Paris attaqué. D’importants mouvements de troupes se succèdent, arrivées et départs se relayant jour et nuit. Aucun coup de canon ne se fait entendre ; on se croirait presque en temps de paix, sauf l’agitation constante de la rue. Le bourgmestre n’a pas pu se rendre à Courtrai : aucun passeport n’est délivré, pas même pour aller à Wervicq. Depuis Bas-Warneton, seules quelques personnes désignées sont autorisées à venir se ravitailler à Comines. Toute circulation en dehors du territoire communal et des barrières est désormais interdite. Un seul passeport est accordé par famille. En ville, le couvre-feu reste fixé à…

Dimanche 30 janvier 1916

Fièvre des tranchées. Du côté de Saint-Éloi, on observe un phénomène pour le moins étrange. Soudainement, certains soldats britanniques sont pris de fortes fièvres et présentent des pieds comme gelés. En réalité, le froid intense combiné à la station debout prolongée serait à l’origine de ce mal. Les Canadiens, plus habitués aux rigueurs du climat, y semblent moins sensibles. Par mesure de précaution, il est recommandé aux soldats de se mouvoir autant que possible et d’enduire leurs pieds d’huile de foie de morue. Il est également jugé indispensable de changer régulièrement de chaussettes. Les hommes atteints doivent être mis au…

Lundi 31 janvier 1916

Attaque anglaise à Wulverghem. A Comines France, une arrivée impressionnante d’officiers est signalée. Que préparent-ils ? Les rosiers portent déjà des boutons, et ce malgré le froid intense. Un calme absolu règne sur le terrain des hostilités. Dans la nuit, un poste avancé allemand a été anéanti par les Anglais à Wulverghem. La section a été entièrement détruite ; deux officiers allemands ainsi qu’un soldat ont été faits prisonniers. Fin du repos pour la compagnie anglaise, qui retourne en première ligne, cette fois au nord de la côte 60, au mont Sorrel. Le secteur est particulièrement boueux, traversé par un…

Mardi 1 février 1916

Des magasins bien remplis. Le temps est clair, mais le froid est vif et la gelée blanche recouvre les sols ; malgré cela, on observe peu d’aéros.Dans l’après-midi, vers 16 h 30, on entend le départ de deux obus qui passent en sifflant pour aller frapper plus loin ; on n’en perçoit cependant pas l’éclatement. Les dégâts causés à Wervicq par les obus du 26 janvier sont considérables. Les vivres deviennent extrêmement difficiles à obtenir. Pourtant, et plus que jamais, les étalages de nombreux magasins et estaminets regorgent de gâteaux de Savoie, mokas, tartes aux fruits, aussi appétissants qu’en temps…

Mercredi 2 février 1916

Il fait très froid. Il fait très froid. Le canon recommence à gronder, faiblement mais dans presque toutes les directions.Henry Dumortier est convoqué au bureau pour le paiement de l’emploi du mulet : vingt jours à 2 francs, soit 40 francs, auxquels s’ajoutent 55 francs pour l’avoine et la rémunération du domestique chargé des soins. Comment s’en sortir, d’autant plus que ce mulet ne peut être utilisé que par les Allemands ? À Comines France, un communiqué allemand annonce que Paris a été bombardée, causant la mort de seize personnes. Les nouveaux officiers mènent grand train ; certains se font…

Jeudi 3 février 1916

Pas d’obus sur Comines. Le temps est clair. Le ciel est très animé : de nombreux avions sillonnent l’espace, jusqu’à sept appareils évoluant simultanément autour d’un aéro allemand. Parmi les avions alliés, on remarque trois magnifiques Voisin français. L’un d’eux lance une sorte de grenade près de la route de Sainte-Marguerite, sans provoquer de dégâts. Venant du secteur de Messines, les appareils prennent ensuite la direction de Bondues. THE FRENCH AIR FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1918 (Q 67018) A French Voisin biplane fitted with a 47 mm Hotchkiss gun at the Savy-Berlette aerodrome, 24 February 1916. Copyright: © IWM.…

Vendredi 4 février 1916

Que manger. On recommence à délivrer des passeports pour les environs ; il était temps, car tout se fait rare. Le beurre se vend 9 francs, les œufs 7 sous pièce, la viande 3 francs la livre, et seulement quelques jours par semaine. On ne mange plus de beurre : il est remplacé par du sirop distribué par la mairie. Par ce froid intense, les enfants font une rechute de coqueluche. Les quintes sont violentes ; ils vomissent abondamment, parfois jusqu’à cinq fois dans une seule soirée. Il est très difficile de se procurer du lait Nestlé pour les enfants.…

Samedi 5 février 1916

Combat en l’air. Le temps est clair mais venteux. De nombreux aéros sillonnent le ciel ; plusieurs escadrilles apparaissent matin et soir, entre six et sept heures. On tire moins sur eux, mais les combats aériens sont fréquents. THE GERMAN AIR FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1918 (Q 105765) A crashed German plane, 5th February 1916. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205348727 De violents coups de canon se font entendre et des obus éclatent dans les tranchées. Les Cominois apprécient ce temps clément, annonciateur d’un beau printemps, mais leur humeur demeure sombre, tant les conditions de survie restent pénibles. En…

Dimanche 6 février 1916

Plus y faire attention. Le canon gronde assez fort ; il est vrai que nous y sommes désormais si habitués que, bien souvent, nous n’y prêtons presque plus attention. Pour le moment, aucun obus ne tombe, et de ce fait nous nous sentons un peu plus à l’aise. Mais comment tout cela va-t-il finir ? Quand et comment ? Espoir et confiance. Il est affiché que chacun doit nettoyer à grande eau son trottoir et la moitié de la rue chaque jour. Le trou à fumier de la brasserie Dumortier est infect ; on y jette de tout sauf du…

Lundi 7 février 1916

Fête de saint Chrysole Fête de saint Chrysole. Grande affluence aux offices dans la chapelle, où l’on est serré comme des harengs en boîte. Les paroissiens de Comines font le « pirentche » — coutume purement cominoise qui consiste à tourner autour de la châsse de saint Chrysole en priant, durant la neuvaine de février. Faute de place, des soldats emportent le baldaquin hors de l’église ; il est installé sous le hangar Decoutere. Toute la matinée, le pont-frontière est gardé par deux sentinelles supplémentaires. Tous ceux qui se rendent en France avec des marchandises sont arrêtés et contrôlés ;…

Mardi 8 février 1916

Clairon vers Warneton. Forte canonnade durant la nuit.Temps clair au matin ; nombreux aéros, sept évoluant ensemble dans le ciel. Quelques personnes disent avoir entendu le clairon du côté de Warneton. On procède au recensement de la population pour l’autorité militaire. Chacun doit déclarer : nom, prénom, âge, nationalité, profession avant la guerre et actuelle, aptitude au travail et état de santé (bon, mauvais, besoin de repos).Nous apprenons qu’à Comines France, ce recensement se fera à domicile par les gendarmes jeudi prochain. Sans même mentionner explicitement le recensement, une affiche précise que personne ne pourra sortir dans la rue ce…

Mercredi 9 février 1916

Le service militaire devient obligatoire en Angleterre. Vers 10 heures, une affiche annonce qu’à Comines Belgique, il est désormais permis de sortir de 6 heures du matin à 17 heures. Jusqu’à présent, il fallait être rentré à 16 heures et il était interdit de se rendre dans les jardins. Plusieurs personnes ont d’ailleurs été surprises par des patrouilles dans les prairies et contraintes de rentrer immédiatement. À la brasserie Dumortier, on décide de ne plus utiliser le mulet, devenu trop coûteux. Le voiturage se fait désormais à la charrette à bras. Le mulet, inutilisé depuis huit jours, est rendu à…

Jeudi 10 février 1916

Bombardement terrible Vers 4 heures, de violents départs d’obus sont entendus en direction de Wervicq : cinq coups successifs. Plusieurs civils sont tués, notamment à la jonction des rues Neuve et Verte. Aux environs de 6 heures, cinq gros obus passent de nouveau, semblables à ceux de l’aube : tout tremble, aussi bien au départ qu’à l’explosion. Vers 7 h 30, le bombardement allemand s’intensifie : un obus toutes les cinq minutes. Le spectacle est saisissant. On s’interroge : les Alliés répondront-ils ? À 8 h 30, on entend le premier coup de départ d’une série de dix obus qui…

Vendredi 11 février 1916

Des enterrements en musique. On peut désormais constater les dégâts causés par les obus : rue de Quesnoy, rue Basse-Bretagne, maisons détruites, Café du Beffroi, blanchisserie Vandewynckèle, chez Madame Charles Catteau, au jardin Meurillon, etc. Ruines Rue Basse Bretagne – Fonds SHCWR Parmi les civils blessés, on ne déplore qu’un seul cas : une petite fille habitant rue de Quesnoy. Elle était couchée au moment de l’explosion et n’a été que légèrement atteinte. Tous les deux jours environ, des convois funèbres en musique passent, venant du lazaret de la rue de Wervicq et se dirigeant vers le cimetière de Comines…

Samedi 12 février 1916

Essais de grenades à main. Combat d’artillerie ; essais de grenades à main ; chocs terribles qui secouent toute la région. Le soir, vers 17 h 30, trois obus aux départs saisissants passent au-dessus de la ville pour aller tomber du côté de Wervicq. À chaque impact, les maisons tremblent encore longtemps. Les Allemands bombardent ensuite avec insistance, à intervalles réguliers. Que nous réserve la nuit ? Attaque allemande à Boezinghe. À Dickebusch, les artilleurs belges venus en renfort sont regardés avec suspicion par les Britanniques. Ceux-ci s’étonnent en effet de constater que les Belges ne sont presque jamais pris…

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