Calendrier de travail

Vendredi 2 juillet 1915

Pas copain avec les Saxons Dans les communes voisines, des tensions apparaissent concernant le travail des ouvriers. Une passerelle est posée au grand et au petit pont pour permettre le passage d’une conduite d’eau. Celle-ci est raccordée à la conduite principale reliant Bousbecque à Hollebeke. Pont doublé à Comines – Fonds SHCWR Tous les ustensiles de cuisine amovibles, de 30 à 80 litres et plus, doivent désormais être déclarés. L’aumônier Haucke quitte la ville. Il semble ne jamais avoir sympathisé avec les Saxons. Au large de la Suède, un affrontement naval éclate autour de l’île de Gotland. Des navires russes,…

Samedi 3 juillet 1915

Un heureux événement La nuit est marquée par une fusillade particulièrement vive. Dans la population, les avis restent partagés : faut-il, oui ou non, travailler pour les Allemands ? Les positions varient selon les opinions politiques. Cette fois, ce sont les personnes capables de coudre à la machine qui doivent se présenter à la mairie. Chez les Dumortier, un heureux événement. Vers minuit, Magdeleine ressent de vives douleurs. À 3 h du matin, Louis part chercher le docteur Vouters, accompagné d’un soldat. Mais à son arrivée, la petite Marie-José a déjà vu le jour, à 3 h 15, au milieu…

Dimanche 4 juillet 1915

Un sombre destin La nuit est de nouveau agitée : la fusillade reprend et le canon tonne puissamment. Les coups partent d’une batterie placée non loin, entre Ten-Brielen et Wervicq. On distingue clairement le départ des obus, leur trajet sifflant dans l’air, et leur éclatement au loin. Vers 10 h, alors que les pompiers testent leur pompe derrière la vieille église, un incendie se déclare à la ferme Coppin à Bas-Warneton. Le feu aurait été déclenché par la scierie à vapeur installée sur place. Les fermiers Boscart, qui occupaient jadis les lieux, ont depuis longtemps évacué. Pompiers belges et français…

Lundi 5 juillet 1915

Arrivée à Comines La nuit a de nouveau été marquée par une canonnade rapprochée. Les coups, bien que espacés, font trembler les maisons jusque dans leurs fondations. Dans la cour de la brasserie Dumortier, l’activité bat son plein. On y décharge des quantités impressionnantes de bouteilles vides. Des affiches officielles viennent d’être placardées : tout cabaretier est désormais autorisé à se fournir en limonades et eaux gazeuses auprès de la fabrique du 2ᵉ corps bavarois. Un tarif fixe est imposé pour la vente au détail. Pour le vin, la seule autorisation de débit se trouve dans les dépendances de Charles…

Mardi 6 juillet 1915

La solitude commence à peser. La nuit commence sous les grondements puissants des canons, comme c’est le cas depuis plusieurs jours. Mais vers une heure du matin, la cadence s’intensifie encore : un roulement ininterrompu secoue les environs, en direction de Zillebeke et Gheluvelt, et ce jusqu’à l’aube. Depuis quelque temps, la vente de bière ralentit un peu partout. À la brasserie, Jean nous concède chaque jour quelques rondelles1 à distribuer. Nous les servons à tour de rôle aux clients fidèles. Ceux qui s’acquittent régulièrement de leur loyer bénéficient toutefois d’un petit traitement de faveur. L’interdiction de quitter la ville…

Mercredi 7 juillet 1915

Obus sur Comines Belgique La nuit s’est révélée un peu plus calme que les précédentes, même si les coups de canon et les fusillades se font toujours entendre. Par moments, de jour comme de nuit, de violentes explosions retentissent, parfois si proches que les murs en frémissent. Impossible de savoir ce qui explose si près de nous. Ce matin, les aéroplanes survolent la ville. La DCA se déchaîne, les tirs sont nourris et semblent viser des baraquements allemands. Trois obus s’abattent du côté de la route de Warneton. Le camion de la Ville poursuit, comme chaque jour, sa mission de…

Jeudi 8 juillet 1915

La troupe est saoule Les bruits de guerre ne faiblissent pas. C’est toujours entre le nord et l’ouest que résonnent le plus intensément les combats d’artillerie et les fusillades. Pourtant, même vers Deûlémont, les obus tombent nombreux. Hier encore, plusieurs se sont abattus sur le hameau du Mai-Cornet. À Comines, la menace sanitaire grandit. Le typhus semble refaire surface : plusieurs habitants sont atteints. À la brasserie, l’inquiétude monte également. L’écoulement des eaux usées provenant du lavage des bouteilles devient problématique. On a cassé un ancien passage en briques, cela aggrave les choses : les eaux sales risquent maintenant de…

Vendredi 9 juillet 1915

Pionnier Park sur la place Sainte-Anne Les nouvelles sont rares et l’espoir s’étiole. À Comines, l’isolement pèse plus lourd que jamais. Plus de journaux, plus de lettres, plus rien ne filtre du monde extérieur. Chacun sent peser le poids de cette guerre interminable, dont on approche déjà la première année. Voilà bientôt dix mois que la population vit sur la ligne de feu, dans une angoisse constante. Qui, un jour, pourra comprendre l’ampleur de ce que les civils ont enduré ici ? Ce matin, les épiciers de la ville, toujours emmenés par Joseph Plovier, tentent à nouveau de se ravitailler…

Samedi 10 juillet 1915

Roulement de canons à Comines Belgique Les combats continuent, toujours aussi violents. Par moments, on croit que cela va se calmer, mais ça repart aussitôt. Tout le monde se demande : quand cela va-t-il enfin finir ? À la brasserie, on s’organise malgré tout. Une pompe électrique est installée pour pouvoir utiliser l’eau d’Halluin. Huit grands foudres sont aussi arrivés et placés dans le magasin. Ils serviront bientôt. On a vu de grands éclairs derrière l’église de Comines Belgique. Le canon n’a pas cessé de tonner et on a entendu de longues rafales de mitrailleuses. Et puis, chose étrange :…

Dimanche 11 juillet 1915

Un vol dans la troupe Il y a un an, à la même époque, l’année 1914 nous avait offert de belles fêtes : un festival, l’inauguration du drapeau de la Jeune Garde, la ducasse, les célébrations de la Sainte-Anne… Aujourd’hui, plus rien. Aucune distraction possible. Les enfants n’ont plus grand-chose : pas de jardin, la cour est encombrée, pas de jouets, pas de vraies sorties, juste parfois une petite promenade en ville le dimanche. Quel contraste avec l’année passée… Un adjudant-chef allemand, en poste à Comines, a disparu. On l’accuse d’avoir volé de l’argent dans la caisse du régiment et…

Lundi 12 juillet 1915

Ypres, une ville qui se dépeuple Même si le canon semble un peu plus calme, on voit encore la nuit les éclairs des obus. Dans l’après-midi, de nouvelles troupes arrivent et restent en ville jusqu’au soir. D’après ce que disent les soldats, une grosse offensive serait en préparation. Dans les tranchées, parfois, les ennemis ne sont séparés que par vingt mètres. À Ypres, la Halle aux Draps venait tout juste d’être restaurée au début de la guerre. Les bombardements l’ont déjà en partie détruite, tout comme le reste de la ville. La Grand-Place est désormais vide. Ypres a toujours connu…

Mardi 13 juillet 1915

Tué par un obus. De nouvelles troupes allemandes continuent d’arriver, surtout de l’artillerie. Vers 18 h, douze canons passent en file. On se demande ce qui se prépare. Le canon gronde toujours vers Zillebeke, Gheluvelt et Deûlémont. On dit même que des obus tombent sur Quesnoy. NDLR : Ce canon est encore visible de nos jours sur la place de Warneton. Le magasin de l’« Association des Pères de famille » ouvre demain. Le sel y sera vendu à 9 centimes, les œufs à 17 centimes, et le beurre à 4,60 francs. Un important regroupement de soldats est signalé du…

Mercredi 14 juillet 1915

Mortier Stokes de 4 pouces. Il est 8 h 45 quand de violentes explosions se font entendre. Les vitres et les portes vibrent, puis une fusillade éclate, venant sans doute du côté de Messines. En ce 14 juillet, une affiche interdit toute manifestation. Résultat : la journée reste calme, bien différente des 14 juillet festifs d’avant-guerre. Sur le front, les Anglais testent un nouveau mortier Stokes de 4 pouces, capable de lancer des gaz directement dans les lignes ennemies. Par ailleurs, les troupes belges remportent une victoire importante contre les Allemands près de Schoorbakhoeve, entre Nieuport et Dixmude, sur l’Yser.…

Jeudi 15 juillet 1915

Les accidents par imprudence sont nombreux Aujourd’hui, un soldat allemand à vélo glisse devant la maison de J. d’Ennetières à Comines (Belgique). Une grenade qu’il transportait explose dans sa poche, lui ouvrant le ventre. Il ne meurt pas sur le coup. La mairie demande l’inventaire des objets en cuivre chez les fabricants, brasseurs, distillateurs, mécaniciens, imprimeurs. On réclame aussi les sacs vides auprès de tous les habitants. La brasserie Dumortier en déclare 1025 et doit en livrer 500 dès le lendemain. Les épiciers tentent de se ravitailler à Mouscron ou à Tourcoing, mais tout y est plus cher. Comines-France dépend…

Vendredi 16 juillet 1915

A Comines on réquisitionne, à Ypres on troque. À la mairie de Comines France, une affiche invite les industriels à déclarer le cuivre qu’ils possèdent encore dans leurs fabriques. À Ypres, on revient chercher les objets enfouis à la hâte. Ainsi, à l’aide d’un camion, on déterre une grosse réserve de bouteilles de vin dans le jardin d’un avocat yprois réfugié à Folkestone. Des militaires anglais, alléchés par le divin breuvage, insistent pour profiter de cette aubaine. Grosse discussion, qui trouvera une solution assez originale : un officier, avocat londonien, se propose de gratifier le propriétaire de la même quantité…

Samedi 17 juillet 1915

Des centaines de soldats blessés transitent par la gare de Gand St Pierre Le journal néerlandais De Telegraaf signale que le nombre de blessés allemands transportés par trains vers l’Allemagne est excessivement élevé. Ils proviennent des combats en Flandre. Les réfugiés belges en France tentent parfois un retour au pays afin de récupérer les « trésors » qu’ils avaient enfouis à la hâte avant leur fuite. C’est le cas d’Aimé Van Nieuwenhove, Yprois réfugié à Neuilly-Plaisance, qui prend le train jusqu’à Hazebrouck et, via Poperinghe, parvient à revenir à ce qui fut son habitation. Accompagné de deux gendarmes belges, il…

Dimanche 18 juillet 1915

40.000 femmes défilent à Londres À Zillebeke, on déplore le décès du lieutenant anglais Francis Tarr. Joueur de rugby international de renom et ancien élève d’Oxford, il avait rejoint l’armée et était arrivé en France en mars 1915. Officier mitrailleur, il était en tournée d’inspection pour le logement de ses hommes, mis au repos après un passage en premières lignes, lorsqu’il fut atteint par un éclat d’obus qui lui fut fatal. Il est enterré au cimetière anglais situé sur la route de Zillebeke à Ypres, à gauche, au-delà de la ligne de chemin de fer. Le Railway Dugouts Burial Ground…

Lundi 19 juillet 1915

Guynemer – sa première victoire Henry Dumortier va prendre le café chez Jules Lambin, puis tous deux rendent visite à Louis De Wulf, qui, depuis l’occupation, ne quitte plus son domicile. Il fait la paire avec son voisin Ducarin. Peu à peu, les parties de cartes et d’astiquette chez Masure perdent de leur animation, jusqu’à disparaître complètement. Chaque soir cependant, ils essaient de retrouver un ou deux amis avec lesquels ils font une promenade le long du canal, avant de revenir par la Grand-Place. Là, ils prennent un verre « À la Paix », chez Lepoutre, pour finir « À…

Mardi 20 juillet 1915

Progrès anglais à Hooge Durant tout ce mois, le temps a été pluvieux et froid ; de mémoire d’homme, on n’avait jamais connu un mois de juillet aussi maussade. Depuis quelque temps, des obus tombent régulièrement entre Bas-Warneton et Comines. À la ferme d’Antoine Berghe, un poulain a été tué par un éclat. Certains jours, en se promenant le long du canal, on peut voir les projectiles s’abattre vers Bas-Warneton ou la Garde-Dieu. Concernant les combats, les nuits se succèdent en alternant des moments d’épouvante – les maisons tremblent sous les détonations – et des périodes de calme relatif. Cela…

Mercredi 21 juillet 1915

Départ des Saxons À 5 heures du matin, un avion survole Comines, alors qu’une fraction du 178e régiment part au front. Les soldats avancent discrètement, longeant les façades des maisons pour ne pas être vus et éviter les éclats d’obus. THE FRENCH AIR FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1918 (Q 60612) A French Voisin biplane, in which a 47mm gun is mounted, about to depart for the front, 30 July 1915. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205308159 Retour des Bavarois. On dirait presque des amis qui reviennent. Certains habitants accourent à leur rencontre, curieux de savoir si tel ou tel…

Jeudi 22 juillet 1915

Moissons Les autorités allemandes annoncent que les cultivateurs pourront garder la moitié de leurs récoltes. Elles les encouragent donc à bien faire les moissons. Le temps reste mauvais dans la région. L’évacuation de livres et de linge continue dans les écoles d’Ypres. Tout est transporté vers Saint-Omer et Wizernes. À Maisons-Laffitte, on teste un nouveau prototype : l’« appareil Boirault ». Il s’agit d’un engin équipé de grandes chenilles conçu pour franchir les tranchées et écraser les barbelés. Sources : Référence : La Guerre Auteur : Vernier Bernard Lieu : Comines – Belgique

Vendredi 23 juillet 1915

Combat aérien Un combat aérien éclate au-dessus de Comines. À 21h25, une pluie de fusées éclaire le ciel, suivie d’une fusillade intense. Des obus explosent : encore une attaque… mais de qui ? À Messines, l’ambulance est touchée par un bombardement : trois morts et quatre blessés. À Saint-Yvon, une victime civile est à déplorer : Augustin Malbrancke, ouvrier agricole de 61 ans. Il a été tué par un obus alors qu’il prenait son repas à la ferme de la Rabecque. Son corps a été traversé de part en part. Le témoignage de Maurice Tancrez confirme les circonstances de sa…

Samedi 24 juillet 1915

Il faut cueillir les poires Henry Dumortier cueille déjà ses poires pour les faire cuire sans tarder. Il s’en désole : devoir s’y prendre si tôt, c’est bien dommage… mais attendre, ce serait tout perdre. Mieux vaut prévenir que voir la récolte disparaître entièrement. Aujourd’hui a été enterré Paul Bouckaert, blessé lors de l’explosion d’une grenade à main que portait un soldat à vélo. Le second blessé, Henri Dujardin, va mieux, mais ce jour avait aussi lieu l’enterrement de sa femme, malade depuis peu. Le 17e régiment bavarois est de retour à Comines depuis la région d’Arras, où les combats…

Dimanche 25 juillet 1915

Ducasse de Comines Anniversaire des fêtes de la Sainte-Anne, qui furent si brillamment célébrées l’an dernier, alors qu’une certaine agitation régnait déjà à propos des tensions européennes. Aujourd’hui, l’ambiance est tout autre. Dans l’après-midi, une bataille d’aéroplanes éclate au-dessus de la cour de la brasserie Dumortier. Des balles de mitrailleuses pleuvent littéralement sur les lieux, manquant de peu les invités les plus imprudents. Depuis quelques jours, ces affrontements aériens sont devenus fréquents. Ce soir-là, en traversant la grand’place, nous assistons à la chute d’un avion en direction de Ten-Brielen. On apprend plus tard qu’il s’agissait d’un appareil allemand, abattu en…

Lundi 26 juillet 1915

Deux aviateurs français à Comines Vers 10 heures du matin, une voiture fait son entrée à Comines-France. Très vite, des curieux accourent pour apercevoir et applaudir les passagers : deux aviateurs français, tombés à Deûlémont. Vêtus de cuir noir, portant pantalon et passe-montagne bleu, ils paraissent bien jeunes. Emmenés à la Kommandantur, ils sont enfermés dans les locaux de Saint-Louis de Gonzague. Avion abattu – Fonds SHCWR À l’arrière belge du front, l’évacuation des enfants vers les colonies scolaires françaises se poursuit. Depuis Dikkebusch, 70 filles et 50 garçons quitteront leur famille dans les jours à venir. Le vicaire Achille…

Mardi 27 juillet 1915

Un enfant de trois ans tué. Toujours de violents combats d’artillerie durant la nuit, accompagnés de fusillades. Il est difficile de ne pas savoir ce qui se passe. Voilà des mois qu’aucun journal ne peut plus entrer à Comines, et les rares privilégiés qui obtiennent un passeport ne peuvent nous en rapporter. D’ailleurs, ils sont toujours escortés par un gendarme, y compris Jules Van der Mersch, qui se rend chaque lundi à Courtrai. La semaine dernière, les bureaux du comité ont été fermés à l’occasion de la fête nationale, et presque partout, des offices ont été célébrés en mémoire des…

Mercredi 28 juillet 1915

A l’arrière du front allié, de grands travaux ferroviaires sont mis en œuvre À Comines-France, des mannequins sont acheminés depuis l’arrière. L’un d’eux est vêtu d’un uniforme français du 142e régiment. La raison de cette mise en scène demeure inconnue. Sur la ligne Hazebrouck – Poperinghe – Ypres, d’importants travaux sont entrepris afin de faciliter et d’accélérer le transport des hommes, du matériel et des munitions vers le front. THE BRITISH EXPEDITIONARY FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1915 (Q 61635) Troops clearing a shell hole near the Railway Station at Ypres, April 1915. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205309047 La…

Jeudi 29 juillet 1915

Bataille du Linge ou bataille de l’absurde À Hooge, les Allemands lancent une violente attaque contre les positions britanniques. Les Anglais dépêchent en urgence des renforts pour tenir la ligne. Poperinghe est à son tour la cible de tirs nourris alors qu’un régiment de tirailleurs sénégalais, musique en tête, y passe en direction du front. Le beau temps favorise le retour des avions ennemis, qui larguent plusieurs bombes sur la ville. THE BRITISH EXPEDITIONARY FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1915 (Q 61627) Troops in a square in Poperinge, some on horses pulling carts, 1915. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205309039…

Vendredi 30 juillet 1915

La désolation la plus complète à Ypres. Henry Dumortier rapporte que les Allemands ont utilisé des lance-flammes ce jour, sans toutefois en préciser le lieu exact. À Ypres, Maurice Baring, diplomate et journaliste britannique, visite les ruines de la cathédrale. Si l’orgue est miraculeusement intact, les escaliers pour y accéder sont détruits. Dans la sacristie, des missels et livres religieux gisent éparpillés. Un silence pesant enveloppe les lieux, ponctué par le grondement des canons postés autour de la ville. Baring rejoint Bailleul en soirée, où l’attend le 1er Escadron. THE BRITISH EXPEDITIONARY FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1915 (Q 50245)…

Samedi 31 juillet 1915

Attaques furieuses à Hooge. À Comines, la nuit est secouée par une canonnade infernale. Jamais le canon ne tonne aussi fort que cette nuit. Le grondement est continu, saisissant, comme si une multitude de pièces d’artillerie tirent en même temps. Cela vient de la direction d’Ypres, où l’on aperçoit les lueurs aux trois emplacements habituels. À l’aube, tout s’apaise. THE BRITISH EXPEDITIONARY FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1915 (Q 60529) Bridge Traverse, between R.E. Sap and 41 S. communication trench, Hill 60, near Ypres. August 1915. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205308087 Cela semble provenir du secteur de Hooghe. Le…

Dimanche 1 août 1915

Une blessure qui tourne mal. Les lignes alliées s’organisent ainsi : les Français tiennent le front depuis la mer jusqu’à Nieuport-Saint-Joris, au niveau du pont de l’Union sur l’Yser. À leur droite, l’armée belge suit le cours de l’Yser, en longeant principalement le talus de la voie ferrée entre Nieuport et Dixmude. Plus en amont, les Belges s’installent derrière les zones inondées de l’Yser, jusqu’à Knokkebrug, un site autrefois fortifié par Vauban. Le front belge continue ensuite le long du canal de l’Yperlée, ou canal de Boezinghe, pour rejoindre les troupes britanniques à hauteur de Steenstraete. Avec l’aimable autorisation de…

Lundi 2 août 1915

Un an déjà depuis l’ultimatum allemand à la Belgique. En souvenir de cet épisode, le président Poincaré rencontre le roi des Belges à Lo. Ensemble, ils décorent deux ou trois officiers, ainsi qu’un prêtre venu spécialement d’Ypres dans la voiture de la comtesse Van den Steen. À Lille, les Allemands arrêtent 400 soldats français du 8e régiment, restés en ville depuis octobre. Ils retiennent des otages, dont le maire. Ceux qui ont hébergé les soldats sont également inquiétés. Ypres subit un nouveau bombardement, surtout du côté de la porte de Lille. Henry Dumortier doit vider le jardin de la brasserie,…

Mardi 3 août 1915

Le rationnement se poursuit pour les Cominois Les nuits restent agitées, surtout après minuit. Le canon nous empêche souvent de dormir. Toute l’action semble désormais se concentrer vers Ypres. Il est interdit d’arracher les pommes de terre, interdit aussi d’en vendre. Les marchandises envoyées de Gand, déjà chargées sur les wagons, sont déchargées et ne peuvent plus nous parvenir. Beaucoup de choses deviennent rares. À Hooge, les combats continuent. Un soldat allemand déserte, à bout de force. Il raconte ce qu’il vit. Il ne supporte plus les affrontements atroces pour les mêmes morceaux de terrain. À Hooge, Zandvoorde et Hill…

Mercredi 4 août 1915

Triste anniversaire Premier anniversaire de l’invasion de la Belgique par les Allemands. Ce jour, ils entrent à Varsovie. Les soldats bavarois reçoivent un congé de dix jours, trente par compagnie. Le grand pont est reconstruit et désormais terminé. On travaille maintenant à l’élargir. Pont a bascule Comines – Fonds SHCWR L’Oberleutnant allemand Wilhelm Canaris, détenu au Chili depuis le sabordage du Dresden, s’évade ce 4 août 1915. Déguisé en paysan, il réussit à rejoindre l’Allemagne sous une fausse identité, en passant par Amsterdam. Il deviendra plus tard chef de l’Abwehr, avant d’être exécuté pour trahison en 1944. Sources : Référence…

Jeudi 5 août 1915

Les cloches sonnent plus d’une heure Depuis quelque temps, Henry Dumortier n’a plus de gaz à la maison. Pourtant, dans les greniers de la brasserie et pour la fabrication des limonades, les soldats en consomment beaucoup. Et c’est lui qui doit tout payer à la fin du mois. Le jardin est partiellement débarrassé des bouteilles : 100 000 sont vendues à un particulier allemand. Près de la montagne, dans le jardin, une tranchée de 50 cm de profondeur est creusée. On y place une longue planche de chantier venue de la brasserie. Cela sert de cabinet pour les civils qui…

Vendredi 6 août 1915

Bataille d’Osowiec Les nuits se ressemblent depuis quelque temps. Le calme règne en début de soirée, puis quelques coups de canon résonnent, espacés. Vers 22 h, une vive fusillade éclate. On voit de nombreuses lueurs vers Ypres, à trois endroits différents. Des coups de canon se font entendre au loin, et dès 2 h du matin, une forte canonnade retentit sans interruption jusqu’à l’aube. Après bien des difficultés, les marchandises du Comité de ravitaillement arrivent enfin de Gand. Elles avaient été chargées, puis déchargées, mais cette fois, tout s’arrange. À Comines France, l’ordre d’évacuer les personnes fragiles bouleverse les familles.…

Samedi 7 août 1915

Ypres et ses alentours sont en ébullition Dans le jardin de la brasserie Dumortier, on abat à nouveau des arbres, cette fois sur la droite, contre le mur de l’estaminet. Une grande cabine y est installée. Henry Dumortier s’informe auprès du bureau : on lui dit que ce sera une cantine. Mais plus tard, il constate qu’on y construit trois cabinets comme celui près de la montagne, mais avec un abri. Le jardin devient un véritable fléau : les excréments traînent partout. Les déchets de limonade attirent des milliers de mouches dorées. Le trou à fumier, qui sert de réservoir…

Dimanche 8 août 1915

Fortes secousses Le canon gronde plus fort que d’habitude. Les combats se poursuivent à Hooge. Des batailles violentes secouent la région d’Ypres. THE BRITISH EXPEDITIONARY FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1915 (Q 50257) Carrying wounded from Maple Copse, near Hooge, 18th Field Ambulance, 6th Division. August 1915. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205284073 On ressent de fortes secousses dans le sous-sol. À Gallipoli, les troupes néo-zélandaises et britanniques prennent part à la bataille de Chunuk Bair. Dans le golfe de Riga, Allemands et Russes s’affrontent en mer. Ces événements montrent l’ampleur du conflit : la guerre fait rage sur plusieurs…

Lundi 9 août 1915

L’Etat-Major est en visite à Messines Nuit épouvantable. La fusillade et le canon résonnent jusque vers 1 h. Vers 2 h 30, une explosion secoue Comines. Jusqu’au matin, vers 6 h, les canonnades se succèdent sans interruption. Dans l’obscurité, le ciel en feu offre un spectacle sinistre. À Comines France, on ressent aussi de violentes secousses, semblant venir de Comines Belgique, derrière l’église. À 2 h 52, les portes claquent, les armoires grincent. Cela dure jusque vers 8 h. On tire toujours vers Saint-Éloi et Hooge. Les Allemands bombardent Ypres, Vlamertinghe et Poperinghe. L’État-major allemand visite Messines. Un shrapnel éclate…

Mardi 10 août 1915

Joffre entame une série de limogeage dans l’armée française Autant la nuit précédente avait été agitée, autant celle-ci se passa dans un calme relatif. À Comines France, le cimetière se remplit peu à peu de tombes allemandes. Les grandes tombes sont couvertes de petits jardinets, donnant une apparence presque paisible à ce lieu de deuil. Cimetière de Comines France – Fonds SHCWR Joffre Dans son rapport au ministre de la Guerre, Messimy, le commandant en chef français affirme que l’armée peut encore lancer une contre-attaque victorieuse. Il rejette la responsabilité des défaites et des replis sur ses subalternes, les jugeant…

Mercredi 11 août 1915

Combats aériens dans le ciel Mouvement intense dans la rue durant toute la nuit. Au matin, quatre gros canons venus de Wervicq passent, laissant craindre de prochains affrontements. Dans l’après-midi, six obus s’abattent au Mai-Cornet, endommageant en partie l’estaminet « Au Bon Fermier », où la tenancière est légèrement blessée par des éclats de tuiles. Plusieurs familles préfèrent quitter les lieux. Les Allemands y commencent la construction de baraques. Le temps est lourd. Dans le ciel, des combats aériens se déroulent. La rumeur circule que le commandant de district, le major von Faber, aurait été arrêté pour espionnage. À Poperinghe, les Français…

Jeudi 12 août 1915

Une tête d’obus au marteau Les deux dernières nuits se sont déroulées dans un relatif calme. Un combat aérien éclate au-dessus de Comines entre un avion français et deux allemands. Ces jours-ci, les cieux sont souvent animés par de nombreux appareils et leurs affrontements. Henri Samain, jeune homme de 18 ans habitant au 10 de la rue du Gemeene, trouve la mort dans un accident en frappant une tête d’obus avec un marteau. On vient chercher le curé Jean-Baptiste Delporte, mais celui-ci se trouve de l’autre côté du chemin de fer, le jour même où son passeport doit être renouvelé.…

Vendredi 13 août 1915

Décès d’Henri Samain De gros canons repassent ce matin. La nuit a été relativement calme, mais la veille au soir, le canon tonnait en direction de Lille. Henri Samain, blessé la veille en manipulant un obus, succombe à ses blessures à l’hôpital de Comines – France. Le journal néerlandais De Telegraaf rapporte le témoignage de son correspondant à Courtrai : un cortège des plus poignants, le plus triste depuis longtemps. Des soldats allemands, rendus aveugles par les gaz à Hooge lors des violents combats récents, avançaient en file. Parmi eux, seize officiers, et derrière, un flot d’éclopés de toutes sortes,…

Samedi 14 août 1915

Les collines de Linselles Vers Ypres, le ciel paraît embrasé, pourtant le grondement du canon se fait plus discret. Une impression d’attente plane, comme si l’on retenait son souffle avant qu’un grand coup ne soit porté. Le cabaret Au Beau Coin, tenu par Verdoolaeghe, fut réquisitionné aux alentours de Pâques 1915 pour servir d’école aux garçons. Maître Rodolphe Vandamme y installa lui-même des planches contre les murs pour en faire des pupitres. Quant aux filles, elles recevaient leur instruction dans la boutique vide d’Albert Desbucquoit, où trois religieuses du couvent de Comines assuraient la classe. Les enfants, désormais scolarisés, vivaient…

Dimanche 15 août 1915

Assomption En ce jour d’Assomption, le ciel est aussi sombre que l’humeur générale : une pluie persistante tombe sur la ville. Dans la nuit, vers trois heures, de lourds canons venus de Wervicq ont traversé les rues. Ce matin, les communions sont nombreuses. La chapelle ne désemplit pas, portée par un regain de ferveur religieuse. À Comines-France, l’église reste ouverte une partie de la journée, et les offices attirent toujours un public fourni. La neuvaine de Notre-Dame de Grâce se tient dans la chapelle du couvent, où la statue est exposée à la vénération des fidèles. Notre Dame de Grâce…

Lundi 16 août 1915

Révisions des avions À Ten Brielen, la Kommandantur a pris ses quartiers au cabaret À la Couronne, tenu par la veuve Soetaert. Le casino réservé aux officiers est géré par les sœurs Ghesquière, et la musique y résonne souvent. Les militaires ont même érigé un kiosque près de la boulangerie Derripon, où un concert est donné chaque dimanche. Un cinéma a également vu le jour sur le terrain de Pierre Legrand. Privée de prêtre depuis le 26 octobre 1914, la localité accueille en 1915 le Révérend Notz, originaire de Mayence, aumônier militaire allemand parlant couramment le français. Mais il est…

Mardi 17 août 1915

Le premier vrai bombardement sur Comines Après une nuit relativement calme, Comines se réveille au fracas des canons. Entre dix heures et dix heures trente, quatre obus s’abattent sur la ville. Le premier traverse la corniche du Point du Jour avant de frôler l’angle du Belle-Vue pour s’enfoncer dans la terre. Le deuxième atteint de plein fouet l’école laïque de Comines-France, y causant de nombreux dégâts. Le troisième explose sur l’usine Louis Catteau et provoque un commencement d’incendie que les pompiers, accourus en hâte, parviennent à maîtriser. Le quatrième tombe dans le jardin de Joseph Dumont. Ruines Comines – Fonds…

Mercredi 18 août 1915

Comines à nouveau bombardé La nuit est calme, mais le sommeil reste agité. Seuls les enfants dorment profondément, insouciants, comme protégés de tout. La Providence semble encore veiller sur la ville, même si l’idée d’une évacuation, impensable à accepter, plane dans les esprits. Dans l’après-midi, le caporal chargé des ouvriers militaires et civils de la brasserie demande à visiter la cave pour y loger des soldats en cas de nouveau bombardement. La cave est déjà encombrée par les réserves des propriétaires, et l’on croit d’abord que rien ne suivra. Pourtant, vers 17 heures, une nouvelle salve d’obus éclate. Aussitôt, ouvriers…

Jeudi 19 août 1915

Présence d’avions La nuit est calme. L’état-major allemand quitte Comines pour s’installer à Roncq, suivi par l’intendance, le ravitaillement et la poste. Pour une fois, aucun obus ne tombe sur Comines (Belgique). En revanche, Comines (France) subit les bombardements : les maisons ouvrières, la maison Schoutteten, la Gaie Perche et les abords du pont Bonaparte sont touchés. Les troupes allemandes qui ne partent pas au front semblent elles aussi quitter Comines, la ville devenant trop dangereuse. Avant de partir, elles pillent les usines, emportant toute la ferraille, jusqu’aux tuyaux. Dans le ciel, les avions se multiplient. Les canons anti-aériens répliquent.…

Vendredi 20 août 1915

Les cloches sonnent. Toujours sous les bombes. La nuit est calme.À 11 h 30, les cloches sonnent pendant un quart d’heure pour annoncer une nouvelle victoire allemande en Russie. Elles retentissent encore une heure entière après 16 h. Mais la guerre n’est jamais loin. Vers 11 h, deux obus tombent sur Comines-France. Vers 15 h, ce sont sept ou huit autres. À 18 h 30, une nouvelle salve s’abat sur la ville. Une Cominoise laisse échapper une réflexion amère :« Et dire que nous devons prier pour que les Allemands n’emploient pas contre nous les canons qui nous bombardent déjà……

1 2 3 4 5 6 7 8 9
Retour en haut