Plus de viande à Comines

La nuit a été relativement calme ; le canon ne se fait plus entendre, offrant un répit presque inhabituel.

Nous sommes en ce jour de Vendredi saint.

Monsieur le curé Jean-Baptiste Delporte se rend à Halluin et à Menen pour aller chercher les saintes huiles chez Monsieur le Doyen. Il est accompagné d’un soldat nommé Georges, jeune homme intelligent et bien élevé. De confession juive, il se montre pourtant très respectueux de la religion catholique, qu’il connaît bien. Le curé pense même qu’il assiste parfois aux offices.

Mr le Curé Jean-Baptiste Delporte – Fonds SHCWR

Chemin faisant, Georges s’interroge : pourquoi, lorsqu’on porte le Saint-Sacrement aux malades, les prêtres ne portent-ils ni surplis ni étole ? Pourquoi n’y a-t-il ni lumière ni sonnette ? Monsieur le curé lui explique que la guerre impose ces précautions : parmi les soldats se trouvent des hommes de toutes confessions, et l’on veut éviter tout manque de respect envers le Saint-Sacrement. En temps de paix, précise-t-il, les usages sont bien différents, comme dans le pays de Georges. Celui-ci comprend et approuve.

Le respect qu’il témoigne est constant : il laisse toujours le curé entrer seul, refuse même de pénétrer chez le Doyen et préfère attendre au parloir. Lorsqu’il est envoyé en service à Wervicq, il prend soin de demander s’il peut rapporter de la viande, denrée devenue introuvable à Comines.

Finalement, le projet d’installer un casino dans la maison de Dumortier père est abandonné. Seule la chambre de la bonne devra être mise à disposition pour l’ordonnance. Le matin même, ordre est donné d’interrompre les travaux destinés à la morgue : il semblerait désormais que la brasserie soit affectée à la fabrication de fromages.

Pendant ce temps, la situation s’aggrave ailleurs : débute la déportation de 25 000 habitants de Lille, réquisitionnés pour travailler au profit de l’Allemagne.

Entre Zillebeke et la Lys, les travaux des tunneliers se poursuivent sans relâche. Jour et nuit, quatre équipes se relaient, ne s’interrompant que pour permettre à un officier spécialisé de venir écouter au fond des galeries les éventuels bruits de l’ennemi. Ces hommes, formés à Poperinge, sont capables de détecter et d’interpréter le moindre son suspect. Il leur arrive de rester immobiles pendant près d’une heure, une petite buse en bois dans chaque oreille pour affiner leur perception.

Enfin, les troupes anglaises reçoivent de nouveaux casques, signe des adaptations constantes face aux réalités du front.

Sources :
Retour en haut