Trois salles de casino.

Depuis deux jours, le temps est magnifique, mais chacun doit toujours être rentré pour 20 h à l’heure allemande, soit 18 h selon l’ancienne heure belge. À Comines France, la population bénéficie d’une demi-heure supplémentaire et peut rester dehors jusqu’à 20h30 heure allemande.
Les combats connaissent un certain calme depuis quelques jours, du moins en apparence, car l’occupation continue de peser lourdement sur la vie quotidienne.
L’adjudant de la Kommandantur est omniprésent et multiplie les inspections.
Dans le jardin de la brasserie Dumortier, les baraquements touchent à leur fin. Un jardinier allemand réaménage même les lieux sans consulter les propriétaires. Chez Dumortier père, les trois salles du casino sont tapissées et peintes en faux bois par des soldats allemands.
Dans l’après-midi, cinq obus tombent à dix minutes d’intervalle vers la fabrique Hassebroucq, rue de Wervicq-Sud ; deux femmes sont légèrement blessées.
Lucie et Germaine Charlet n’avaient que trois ans lorsqu’elles furent évacuées vers Nieppe avec leur mère en 1915. Leur père, resté à la ferme de la rue du Cimetière, compte aujourd’hui pas moins de 117 obus tombés sur ses terres. Ces tirs, venus de Frelinghien, viseraient selon lui un ancien colombier formant une tour carrée attenante à la ferme, utilisé à l’occasion par les Anglais comme poste d’observation. Trois véritables postes d’observation existent cependant dans les environs : à l’Épine, à la ferme Deconinck — future briqueterie de Ploegsteert — et au Chemin des Dames, dans la rangée Hosdez.

À Poperinge, vers 22 h, une soixantaine d’obus s’abattent aux abords de la gare.
