Lutter contre le froid

Il fait un brouillard très froid.
Les maisons abîmées sont glaciales ; il manque partout des carreaux et il faut déjà lutter durement contre le froid. Heureusement, Dieu semble vouloir nous épargner : jusqu’à présent, l’hiver n’est pas trop rude. Que serait-ce s’il en était autrement ?
La coqueluche ne fait que croître.
Vers 9 h, un sous-officier visite sans prévenir la cave Dumortier. Il se fait montrer la maison et déclare que la cave va être fortifiée comme ailleurs : 1,50 m à 2 m de béton. Malgré les réclamations formulées par les habitants, les Allemands persistent, affirmant que ce serait un avantage pour eux.
Dans la soirée, à partir de 21 h, le canon allemand bombarde toutes les cinq minutes. Le départ fait trembler les maisons ; le roulement s’éloigne progressivement. On reste levés jusque vers 22 h, par crainte des obus.
Début du creusement du tunnel dit de « Factory Farm », à l’entrée de la Riche Rue, à Saint-Yvon. Ce tunnel se séparera en deux et se terminera par deux chambres à explosifs, de part et d’autre de la Riche Rue.
Le tunnel de droite mesure 241 mètres, celui de gauche 296 mètres. On y stockera respectivement 40 000 et 36 000 livres d’ammonite. Les travaux devraient être achevés le 11 juin et le 14 avril 1916, soit plus d’un an avant la mise à feu. Une attaque minutieusement préparée.1
On apprend par ceux qui sont allés à Lille aujourd’hui que l’explosion y a été terrible. Elle s’est produite au parc des pionniers, à la porte de Valenciennes. Le quartier est détruit. On compte à ce stade 94 civils tués et une trentaine de blessés graves.

https://archives.lille.fr/ark:/74900/v52tbk3mjzc1/aa9cc12a-2012-4d75-a01d-dd1a44172b5e
Un journaliste du Telegraaf, journal hollandais, décrit les environs de Wijtschate avant la guerre : une contrée verdoyante et pleine de charme, parsemée de moulins à vent. La plaine offrait des vues imprenables sur le mont des Cats et le mont Noir ; Messines dressait fièrement son clocher.
Aujourd’hui, depuis la récolte du houblon de 1914, il n’est plus question que de bombardements, de Messines à Armentières. Quelle tristesse.
Sources :
Référence :
Auteur :
- Duvosquel Jean-Marie
- Delporte Jean-Baptiste
- Ivan Vanherpe
- Dumortier Henry
- Turner Alexander
Lieu :
- NDLR : On y reviendra plus tard ↩︎
