On entend siffler « l’internationale »

On travaille désormais à l’intérieur même de l’église. Les ouvriers civils qui y sont employés chantent « À bas la calotte » et sifflent L’Internationale, scène troublante dans un lieu autrefois consacré au silence et au recueillement.
La maison de la brasserie Dumortier passe presque entièrement sous contrôle allemand.
Très tôt ce matin, on vient également réquisitionner la maison du père Dumortier pour y installer un casino destiné à trente officiers, présents six jours avant de repartir douze jours aux tranchées. Tout le rez-de-chaussée, y compris la cuisine et la buanderie, doit être libéré, les meubles restant sur place.
Le père Dumortier déclare qu’il ne quittera sa maison que par la force. Le vieil homme refuse de bouger, tandis que les officiers et leurs ordonnances prennent possession des autres pièces, jusque dans celles encore occupées.
À la brasserie, un fermier du Corentje apporte chaque matin le lait des traites du soir et du matin des fermes environnantes. On commence désormais à fabriquer du fromage dans la cave. Les sirops étant épuisés, la production de limonades est arrêtée, tout comme celle des eaux gazeuses, à cause d’une fuite dans les canalisations. Il paraît toutefois que la fabrication des sirops pourrait bientôt reprendre sur place.
Depuis midi, la construction des baraquements en bois est interrompue ; seule la baraque située face à la rue est achevée.
Des vols de cuivre et de courroies sont également constatés à la brasserie.
À Comines France, le maire, Monsieur Ducarin, reçoit une nouvelle demande de contribution de guerre : 687 000 francs à payer en or, en argent ou en billets de banque. Lille a refusé de verser les 18 millions exigés, tout comme Le Quesnoy pour les 400 000 francs demandés. Toutes les villes occupées sont désormais sollicitées.
Le petit Henri Blieck, originaire d’Houthem, opéré à l’ambulance de Comines France en janvier 1915, est autorisé à revenir rendre visite à ceux qui l’avaient soigné. Il raconte que le centre du village est aujourd’hui déserté et que seuls deux cents habitants vivent encore entre le centre et Comines. Le cabaret du hameau, abandonné, sert désormais d’écurie. Les Blieck ont encore deux jeunes enfants restés du côté anglais, à Zillebeke, au moment de l’arrivée des Allemands.

