Cinquante ouvriers supplémentaires.

La nuit est marquée par quelques tirs d’artillerie et des coups de feu qui, dans l’obscurité, ressemblent à ceux dirigés contre les avions. Le souvenir du bombardement de la veille reste dans tous les esprits. Le sommeil est léger et inquiet, mais la nuit se déroule finalement sans nouvel incident.

Dans la journée, la Commandantur annonce la réquisition de cinquante ouvriers supplémentaires, qu’elle choisira elle-même parmi toutes les catégories de la population. Désormais, les appels ont lieu près du canal, derrière la Commandantur, sur une vaste esplanade nouvellement aménagée de gros gravier et de pierres. Sous une pluie fine, chacun comprend déjà que cet endroit deviendra rapidement un véritable bourbier par mauvais temps.

Les hommes sont alignés par rangs de cinq. Sous la surveillance renforcée de gendarmes et de soldats, l’appel commence. Après avoir répondu à son nom, chacun doit rejoindre un second rang de l’autre côté de la place. L’adjudant Sievert arrive alors et procède, sous un violent orage, au tri entre travailleurs et non-travailleurs.

Les différentes équipes – brasserie, pionniers, équipes de nuit – rejoignent leur poteau indicateur, tandis que fermiers et charpentiers sont regroupés à part. Les quelque cent cinquante hommes restants sont ensuite conduits, sous bonne escorte et par rangs de quatre, vers la nouvelle église afin de s’abriter de l’averse.

Ruines église Comines Belgique – Fonds SHCWR

Le spectacle y est désolant. La pluie tombe à travers la toiture éventrée. L’autel a disparu, le banc de communion également. Les orgues ont été dépouillées de leurs becs de gaz et de plusieurs tuyaux. C’est dans cette église dévastée que chacun est appelé à tour de rôle pour désigner les nouveaux requis. Pierre, fabricant de vinaigre, et Henry Dumortier, sans doute en raison de l’occupation militaire de la brasserie, échappent à cette réquisition. Quarante-deux nouveaux ouvriers sont néanmoins désignés, parmi lesquels Hector d’Ennetières, Joseph Plovier et Verougstraete, directeur du tissage de Comines. Avant de les renvoyer, les autorités leur demandent s’ils accepteront de travailler volontairement ou s’il faudra les y contraindre. Personne ne répond. Ils sont néanmoins sommés de rejoindre leur poste dès le lendemain.

La guerre continue de frapper les civils. Dans la matinée, les Anglais tirent trente-cinq obus sur Comines. L’après-midi, deux avions larguent deux bombes, puis une douzaine d’autres explosent en soirée. Le bilan est particulièrement lourd : neuf civils perdent la vie.

Mort pour la Patrie :

LORAINE Louis, né à Bas-Warneton le 21 octobre 1890, milicien de la classe 1915 et matricule 31125, sert au 1er Régiment de Chasseurs à pied depuis le 23 juillet 1915. Il est tué en service commandé à Dixmude ce 4 juillet 1916. Il recevra à titre posthume la Médaille de la Victoire et la Médaille commémorative de la guerre 1914-1918.

Sources :

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