Les funérailles des victimes de samedi.

Les deux Comines se retrouvent réunies pour les funérailles des victimes du bombardement de samedi. C’est un spectacle particulièrement poignant. Les cercueils quittent les maisons les uns après les autres, accompagnés par le clergé qui les rassemble dans une église devenue bien trop petite pour accueillir la foule.
À l’Évangile, Monsieur le Doyen prononce une allocution d’une grande émotion :
« Les obus n’étaient pas destinés à ces innocents et, pendant que nos braves soldats, faisant chaque jour le sacrifice de leur vie, combattent vaillamment pour la patrie, la guerre meurtrière atteint ceux qui, comme à Comines, souffrent déjà tant. »
Après avoir remercié les autorités civiles et militaires de leur présence, il conclut avec gravité :
« De quelque nation que l’on soit, il est des scènes qui attirent la sympathie de tous ; mais ces sympathies ne durent pas. »
L’offrande se prolonge jusqu’à la fin de la messe. Dans le chœur, les autorités des deux Comines prennent place de part et d’autre. À droite siègent le conseil municipal de Comines-France, conduit par le maire Ducarin, accompagné du commandant de place, ainsi que Paul Lesaffre aux côtés du secrétaire allemand Austreig. À gauche se tiennent les autorités civiles de Comines-Belgique. Le commandant allemand participe à l’offrande sans baiser la patène, tandis qu’Austreig reste à sa place.
À la sortie de l’église, les autorités allemandes montent en voiture. Un soldat transporte deux couronnes funéraires. Au cimetière, elles reprennent place aux côtés du maire et de son adjoint, revêtus de leurs habits officiels et de leurs décorations. La plupart des victimes sont inhumées dans une fosse commune. Des photographes allemands immortalisent la cérémonie en plusieurs endroits.
En résumé, une cérémonie profondément navrante.


La nuit précédente, vers 23 heures, une violente explosion réveille la population. Beaucoup pensent d’abord à un bombardement d’artillerie. En regardant par la fenêtre, où les projecteurs percent la demi-obscurité, chacun retourne finalement se coucher, non sans inquiétude.
Au matin, on apprend qu’il s’agissait d’un raid aérien. Deux séries de quatre bombes sont tombées dans les prairies, au Godshuis, près de la voie ferrée, puis entre le cimetière, la ferme Bonte et le Mai-Cornet. Elles ont laissé d’immenses cratères, noircis par la violence des explosions.
Une nouvelle inquiétude s’installe parmi les habitants. Déjà affaiblis par les privations, ils redoutent désormais que les nuits ne soient plus un moment de répit. Malgré tout, l’espoir demeure :
« À la grâce de Dieu et, un jour à la fois, nous sortirons de cette ornière. »
Victime civile :
POUPART Virginie, âgée de 29 ans, est décédée aujourd’hui, tuée par un éclat d’obus lors du bombardement de Comines France. Son nom vient s’ajouter à la longue liste des victimes civiles de cette guerre qui frappe désormais sans distinction les combattants et les populations.
