Six obus

En ce jour de Saint-Arnould, patron des brasseurs, les prières prennent une résonance toute particulière à la brasserie Dumortier. Les habitants ne demandent pas tant la préservation de leurs biens matériels, dont ils savent le sort désormais incertain, que la protection de leurs proches et la possibilité d’un avenir. Une profonde inquiétude pèse sur le devenir des entreprises et du commerce.

Saint Arnoulds, patron des brasseurs. Domaine public Commons Wikimedia

« Cette guerre ruinera l’Europe entière et sur quelles bases serons-nous indemnisés, nous qui depuis bientôt deux ans souffrons en silence les plus horribles tourments ? »

Les privations alimentaires continuent de s’aggraver. On cherche désespérément quelques œufs pour les enfants, tandis que les adultes se résignent depuis longtemps à se passer de viande. Les distributions du Comité de secours permettent encore de subsister, mais chacun mesure la fragilité de cette aide. Le diariste confie qu’en dehors de la peur permanente des bombardements, ces rations suffiraient presque à supporter les privations.

Dans les jardins, rien ne change : enfants et soldats continuent de chaparder fruits et légumes, réduisant encore les maigres ressources des habitants.

En soirée, entre 20 heures et 21 heures, quelques obus passent de nouveau au-dessus de la ville. Six projectiles seulement cette fois, ce qui paraît presque insignifiant après les bombardements des jours précédents. Les habitants peuvent finalement regagner leur lit, à moitié rassurés, sans jamais savoir ce que leur réservera la nuit suivante.

À Comines France, le fils du conseiller communal Dautricourt est condamné à 200 marks d’amende, ou à défaut à vingt jours de prison sévère, après que des effets et du linge appartenant à des militaires allemands ont été découverts à son domicile. Beaucoup estiment pourtant que ces objets avaient été abandonnés par les soldats eux-mêmes au début de l’occupation, le long des routes ou jusque sur les tas de fumier, où une quantité de vêtements et de linge avait été laissée à l’abandon. Cette condamnation illustre la sévérité croissante des autorités d’occupation, qui ne laissent désormais plus aucune place à l’indulgence.

Sources :
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