Une épaisse fumée

Quelle nuit ! Impossible de fermer l’œil. Au matin, le canon tonne toujours, mais avec moins d’intensité.

Vers 9 h 30, au moment où un enterrement en musique s’apprête à passer, alors que la tempête qui sévit depuis la veille bat son plein, une épaisse fumée s’élève du côté de l’église. Visible depuis la rue de Wervicq, venant de la rue Masson, à hauteur du couvent des Sœurs de Saint-Aignan — dites Sœurs d’Orléans — elle annonce une terrible explosion qui brise et fracasse tout à nouveau.

Un bruit effroyable retentit aussitôt. Il s’agit d’une cave située en dehors du cimetière : trois Russes sont grièvement blessés et deux civils légèrement touchés par des éclats de vitres.

Les caves se remplissent à nouveau : chacun croit à un bombardement.

Un soldat allemand passe et annonce : « Pas de mort ; mais les fenêtres sont de nouveau en pièces au presbytère ». Il faut reclouer aux fenêtres les planches et le carton bitumé.

Le cortège funèbre s’est arrêté net et s’est réfugié à la brasserie Dumortier. Grâce au vent d’ouest, l’explosion s’avère moins désastreuse que la précédente.

Dans l’après-midi, de nombreux avions apparaissent : d’abord alliés, puis allemands ; ces derniers planent longuement au-dessus de Comines Belgique.

THE FRENCH AIR FORCE ON THE WESTERN FRONT, 1914-1918 (Q 60795) A French Maurice Farman ‘Longhorn’ aeroplane in flight over the Chartres aerodrome, 1 February 1916. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205308312

Vers 16 heures, le canon recommence à rouler sans arrêt et, poussé par le vent d’ouest, le fracas paraît encore plus terrible que la veille. Comme hier, la canonnade se prolonge toute la soirée et une partie de la nuit.

Dans la soirée, la grande ferme Maes, à Houthem, est la proie des flammes.

Ce jour marque aussi la clôture de la neuvaine à saint Chrysole. Le vicaire général Lecomte a obtenu l’autorisation de venir quelques heures à Comines Belgique : il prononce le sermon de circonstance et assiste à la procession dans l’église. L’affluence est considérable ; le sermon, profondément émouvant et patriotique.

Victime civile :

STREE Jules, né à Lauwe 11 avril 1858; sous-brigadier des douanes, domicilié à Ploegsteert à l’hôpital civil, sis rue d’Ypres à Bailleul aujourd’hui à 15h30, âgé de 58 ans. Il a été blessé en même temps qu’Alfred Bouchery le 3 janvier 1916. A Bailleul, le personnel était insuffisant pour soigner le grand nombre de blessés. L’hôpital fut agrandi au moyen de baraquements. L’hiver, il y faisait très froid.

Sources :
Retour en haut