Des cerf-volants.

Henry Dumortier écrit à la Commandantur pour réclamer les fûts partis pour Carvin l’an dernier. Il sait, par les Bavarois revenus dans la région de Quesnoy, Deûlémont et Warneton, qu’il en traîne encore partout à Carvin.
Il évoque également, dans sa lettre, la situation résultant de l’enlèvement des cuivres, sous prétexte que la brasserie était inactive, alors que les Bavarois les lui avaient enlevés lorsqu’elle était en pleine activité.
Il proteste encore contre l’utilisation du magasin comme hangar pour des pièces d’artillerie. Il réclame également le rétablissement de la palissade du jardin, cette ouverture ne servant désormais plus de passage aux chariots. Le jardin est ainsi devenu, de fait, un endroit public !
Un employé de la Commandantur vient se rendre compte sur place du bien-fondé de ses réclamations, mais celles-ci restent finalement lettre morte.
De plus, les gamins deviennent de plus en plus hardis et sont continuellement dans le jardin, où ils saccagent les marronniers. À diverses reprises, à bout de patience, Henry en enferme quelques-uns dans la cave pendant quelques heures.
Pour certains, la leçon porte ses fruits, surtout lorsqu’elle est appuyée par les parents. Pour d’autres, comme le fils de N…, la mère prend fait et cause pour lui et va déclarer à la Commandantur qu’Henry retient son fils. Celui-ci assure qu’il en a le droit puisqu’il l’a pris dans son jardin ; aussi la Commandantur n’intervient-elle pas.
Les gamins viennent alors manifester, disant qu’ils vont casser les carreaux. La mère vient également faire des menaces, etc. Pourtant, Henry n’a fait aucun mal à l’enfant : il l’a gardé deux heures et lui a même donné une tartine !

À partir de ce jour, les gamins crient des injures dans le jardin et jettent des pierres.
Depuis quelques jours, les Allemands font monter à la Carotte et au Godshuis des cerfs-volants, en forme de boîtes, retenus par un fil. Ils ont commencé par un premier ; maintenant, il y en a six à la fois.
On se demande d’abord si c’est pour remplacer le ballon captif, qui ne monte plus qu’à l’obscurité, le soir très tard et durant la nuit. On suppose aussi que ce sont des pièges pour les aéros, ou qu’ils servent à la télégraphie sans fil ou encore à la cinématographie utilisée par des officiers.
Certaines personnes apprennent que ces cerfs-volants indiquent la direction du vent pour les attaques au gaz et pour les aéros.
Nous sommes en pleine lune. Aussi, nous n’allons jamais nous coucher sans nous demander si nous aurons des aéros. Le temps est assez clair dans la journée ; il y a souvent des avions et des combats. Nous en avons vu abattre un ; ce n’est pas la première fois. Ces combats nous donnent des émotions.
Les pommes de terre vont faire défaut. On avait compté sur un plus grand nombre. Deux fermiers sont pris pour en avoir caché.
La population a reçu à ce jour 26 kg par tête. Entre ces 26 kg et les 109 kg de la ration, il y a de la marge. Toutes ces pommes de terre devant venir de l’extérieur, sera-ce possible ?
À Comines-France, c’est 90 kg par tête. Beaucoup n’en ont pas ; chacun devra déclarer sa provision. L’excédent sera partagé et les fausses déclarations seront passibles d’une amende.
Le maire fait gaffe sur gaffe, a des polémiques avec tous les notables et prend des droits qu’il ne peut prendre.
À Comines-France, l’appel des hommes aura lieu le dimanche comme en Belgique, mais le matin : à 8 h 15 pour les jeunes et à 8 h 45 pour les autres.
