Un rayon de lumière

Il est passé des aéros durant la nuit. À la brasserie, où personne ne veille pourtant, la lumière est restée allumée jusqu’au matin. Le capitaine cantonné ici rentre de son casino à 5 h 30 — hier encore à 3 h 30 — et doit repartir demain vers les tranchées avec son ordonnance et son cuisinier.

Ce matin, deux énormes automitrailleuses se sont arrêtées à quelques pas du centre de Comines, suivies d’une grande voiture de munitions et occupées par une vingtaine d’hommes. Après un court repos, elles ont pris la direction de Ten-Brielen et ont presque aussitôt dû intervenir contre cinq aéros alliés aperçus au-dessus de la localité puis revenus peu après en provenance de Wervicq.

À partir d’aujourd’hui, l’appel des hommes de Comines France, n’avait lieu qu’une fois par semaine jusqu’à l’âge de trente ans, il s’étend désormais jusqu’à cinquante ans et se fera par catégories : aujourd’hui les 17-30 ans, mardi les 30-40 ans, mercredi les 40-50 ans, dans la rue Masson. Par ordre de la Commandantur, les enfants doivent fréquenter l’école. Une affiche avertit également que la stomatite aphteuse sévit en France et recommande d’éviter tout contact avec des Français détenant du bétail.

Au passage des aéros ce matin, un soldat sonnait de la trompette pour contraindre les militaires à gagner les caves qui leur sont assignées et les civils à rentrer chez eux. La journée est restée très calme, hormis l’activité aérienne.

Pour encourager ses hommes, Winston Churchill visite régulièrement les premières lignes et participe même à des patrouilles nocturnes dans le no man’s land. Un témoin raconte que, lors d’une de ses premières inspections, vêtu d’un long imperméable de tranchée, de bottes montant aux genoux et d’un casque d’acier bleu d’origine française, il s’avança dans les barbelés avec revolver et puissante lampe électrique au ceinturon. Tout se déroula sans incident jusqu’à quelques mètres des premiers postes, lorsqu’une mitrailleuse ennemie balaya la zone. Tous plongèrent dans un cratère d’obus déjà surpeuplé, contraints d’y rester accroupis. Soudain une lueur aveuglante jaillit du trou et l’ordre étouffé retentit : « Éteignez cette maudite lampe ! » En quelques secondes, le colonel comprit que sa position accroupie actionnait involontairement le bouton de sa propre torche, et l’incident fut aussitôt corrigé.

Winston Churchill

D’autres attaques aux gaz de ce genre se produisent encore à Lihons.

Dans le cadre de l’opération allemande Gericht, 1 200 canons pilonnent Verdun tandis que l’infanterie lance l’assaut contre les lignes françaises.

Sources :

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