Vous êtes bien franc

Un concert a lieu dans la cour de la brasserie Dumortier. C’est la musique du 213e qui, disposée en cercle, joue quelques morceaux à l’occasion de l’anniversaire du capitaine qui y loge. Toute la journée, c’est un défilé d’officiers venus lui présenter leurs vœux.
Le mouvement des troupes se poursuit toute la journée. Elles continuent d’arriver ou de partir par groupes d’une cinquantaine d’hommes, espacés de quelques centaines de mètres, car malgré le temps sombre, les aéros continuent de circuler.
À la limonaderie, on travaille toute la journée afin d’utiliser les sirops restants.
On compte une vingtaine d’avions au-dessus de Comines.
À Comines Belgique, la messe basse de 10 h 30 se poursuit sans grande assistance. On s’attend à de nouveaux obus, principalement le soir, mais il n’en est rien.
Vers la fin de la grand-messe, on entend tirer tant et plus sur les aéros, presque au-dessus de la chapelle. Vite, tout le monde rentre chez soi en longeant les habitations. À peine sommes-nous rentrés que les obus commencent à siffler. Il en vient quatre, assez rapprochés : les deux premiers tombent entre chez Cailloux et Jules Lesaffre, le troisième à la fabrique Charles Catteau et le quatrième à l’abreuvoir, rue des Moulins.
Mauvaise heure, surtout un dimanche, pour recevoir des obus, tant il y a de civils en circulation.

À Comines France, c’est la panique générale pendant la grand-messe dominicale de 11 h, au moment de l’attaque aérienne. Le sermon est supprimé et la cérémonie se poursuit en messe basse. Peu de personnes quittent l’église, mais beaucoup se réfugient près des gros piliers. Cinq obus suivent, puis la cérémonie reprend.
À la fin de la messe, une dame dit au curé :
« Eh bien, Monsieur le Curé, vous êtes bien franc ! »
Il lui répond :
« Pas tant que cela. C’étaient des avions. Or, ils ne lancent qu’une seule bombe. »
« Non, non, répond-elle, c’était bel et bien les canons ! »
Elle avait raison : c’étaient bien les canons.
Heureusement, aucun accident n’est à déplorer.

