Hindenburg se fait une réputation

Les nuits sont calmes, presque étrangement. Quelques coups de fusil éclatent de temps à autre, mais l’artillerie reste silencieuse. À Houthem pourtant, la guerre frappe cruellement : un obus tombe au moment où un homme et une femme tentent de se réfugier dans une cave. Tous deux sont tués sur le coup.

À Comines, la vie quotidienne continue tant bien que mal. L’inspecteur du bureau partage ses repas chez Beaumont, en compagnie du second officier qui y loge depuis le départ de l’intendance. Hier soir, on y a donné un concert avec chants et monologues, comme pour se distraire de la lourde atmosphère de guerre. Monsieur Mahieu, lui, possède un casino chez lui. Mais, pour avoir voulu s’opposer à son utilisation, il s’attire des menaces : on le prévient qu’il pourrait être conduit hors de la ville avec sa femme. De son côté, la patronne du café La Paix doit quitter les lieux, car on y installe désormais un foyer pour soldats.

Au-delà du front, d’autres nouvelles circulent. Un Suisse, de retour d’Allemagne, raconte que l’aura de Hindenburg n’est plus celle du héros invincible. On le décrit comme la dernière carte du désespoir. Ses victoires inspirent plus la crainte que l’admiration. On se souvient surtout des campagnes de Prusse orientale, menées au prix d’horreurs indicibles : des colonnes entières englouties dans les marécages, poussées toujours en avant par sa volonté implacable, sans souci de ceux qui tombaient derrière. Hindenburg n’épargne ni l’ennemi, ni ses propres soldats, et même ses officiers vivent dans la crainte de son autorité implacable.

Paul Von Hindenburg – Wikimedia Commons
Sources :
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