Pentecôte bien triste.

La nuit a de nouveau été marquée par une violente canonnade, aussi intense que celle de la veille.
La fête de la Pentecôte se déroule dans une atmosphère bien morose. La pluie tombe, le froid persiste et les difficultés d’approvisionnement deviennent de plus en plus préoccupantes. Faute de trouver de la viande ou des produits de base, beaucoup de familles doivent se contenter de saucisson, de fromage et, lorsqu’elles ont la chance d’en disposer, d’un lapin. Pour le dessert, quelques fraises sauvées du maraudage, car soldats comme enfants n’hésitent plus à se servir dans les jardins et les potagers.
Les journaux allemands laissent transparaître la nouvelle d’un important succès russe sur le front oriental. Il s’agit de l’offensive Broussilov, lancée le 4 juin par le général russe Alexeï Broussilov contre les forces austro-hongroises. L’attaque connaît des résultats spectaculaires et provoque déjà de lourdes pertes chez les Empires centraux, contraints d’envisager l’envoi de renforts depuis d’autres fronts.

Une nouvelle affiche est placardée aujourd’hui : les récoltes sont désormais réquisitionnées. Après confiscation, elles devront être redistribuées à la population selon des rations fixées par l’autorité occupante. Chaque habitant recevra quotidiennement 300 grammes de pommes de terre et 120 grammes de céréales destinées à la fabrication du pain. Les chevaux, eux, auront droit à trois livres d’avoine par jour.
L’inquiétude grandit. Si la guerre se prolonge jusqu’à l’hiver, nombreux sont ceux qui redoutent davantage encore les conséquences de la pénurie que celles des combats. Déjà, certaines personnes que l’on n’avait plus croisées depuis quelques semaines paraissent amaigries au point d’en être méconnaissables.
Dans les cantonnements, les soldats évoquent souvent la paix. Beaucoup affirment qu’elle viendra avant la fin de l’été, peut-être en août. Mais chacun présente les choses à son avantage et les rumeurs se contredisent. Après bientôt deux années de guerre, il devient difficile de distinguer l’espoir de l’illusion.
