La Munich coule.

Le temps est moins beau et tourne à la pluie.
Hier est passée de la nouvelle artillerie.
Ce matin ont lieu les funérailles du fils Deroo, boucher. C’est lui qui devait avoir le cheval accidenté de la semaine dernière. Maladif, il avait dû s’aliter le lendemain de sa colère contre N… et N…
Ces deux derniers sont encore parvenus, par l’intermédiaire du tenancier allemand de « La Paix », à obtenir deux porcs au prix de 4 marks 80 (6 francs) le kilo. Ils les revendent à 12 francs. Quelle exploitation !
Depuis une quinzaine de jours, les cabaretiers, surtout ceux qui vendent aux militaires, débitent de la bière de Munich. Il paraît que cela sera bientôt interdit et que seules les cantines pourront en vendre.

Partout, on ne voyait aux vitrines que des inscriptions telles que : « Deutsche Bier », « Kaffee », « Wein ». Chez les coiffeurs : « Rasier », « Haarschneiden ». Chez Depuydt, coiffeur, l’enseigne porte « Rasiersalon ».
Chez maints boutiquiers, on trouve des cartes postales allemandes représentant les grands chefs, l’empereur et des scènes de combats où ceux-ci apparaissent en position de supériorité.
N…, N… et d’autres vendent des jouets de Nuremberg. N… change de l’or. N… change les marks avec un agent à Wervicq.
Il est tombé hier soixante-deux obus sur Quesnoy. Quatre jeunes filles ont été blessées dans la cave du notaire Vandebussche.
Les soldats allemands rentrés de la Somme font état de l’ampleur des bombardements atroces dont ils ont été victimes.
Sur le front de la Somme, les troupes britanniques s’emparent entièrement des ruines de Thiepval et de ses défenses fortifiées, après de rudes combats.
