Il faut s’attendre à tout.

Jour d’adoration

Temps superbe et nombreux aéros. Les vêpres n’ont pas lieu : simple salut et petit sermon, car il faut s’attendre à tout. On n’ose même pas sortir le soir, tant il y a à craindre des obus.

À Comines-France, retour des Wurtembergeois qui rentrent de la Somme. Ce sont des artilleurs, couverts de boue, chargés de bagages et traînant des caissons percés d’éclats d’obus. Un communiqué allemand signale que deux aviateurs français sont partis bombarder Essen.

Du haut du Mont Rouge, on peut distinguer le village de Wijtschate, dont il ne reste plus grand-chose : un pan de mur par-ci, un autre par-là. Au loin, Armentières se fait toujours remarquer grâce à une cheminée d’usine qui n’a cessé de laisser échapper sa fumée.

photograph (Q 37370) Street signs at crossroads. Wytschaete, November 1918. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205272038

Plus loin encore, un ballon allemand d’observation s’est détaché de son support dans les environs de Lille. Il se dirige vers Voormezele et est pris sous le feu de l’artillerie anglaise, qui réussit à l’atteindre sans le faire tomber. Il descend lentement et semble maintenant se diriger vers les positions allemandes.

Il est au-dessus de Dranoutre lorsqu’il est pris en chasse par une dizaine d’avions anglais. À 60 mètres d’altitude, une petite flamme jaillit, puis une autre. Tout à coup, le ballon s’écrase comme une masse.

Il était temps : à moins de 2 kilomètres de ses lignes, il finit sa course sur le Monteberg. Un officier allemand se tient debout, un bras cassé, à côté des restes de l’engin.

Moins d’une heure plus tard, les Allemands bombardent l’endroit, dans l’espoir d’anéantir les soldats alliés curieux de venir contempler la scène.

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