Encore l’appel.

Toute la population redoute l’appel de ce jour. Les tensions entre l’administration communale et les autorités allemandes, notamment au sujet des déplacements vers Courtrai, laissent craindre un durcissement des réquisitions de main-d’œuvre.

Avant 5 heures du matin, l’adjudant Sievert arrive sur les lieux accompagné du secrétaire de la Commandantur, de l’interprète, du sous-officier chargé de l’appel, de deux gendarmes et de trois sentinelles qui barrent toutes les issues. Le dispositif rappelle celui des précédentes convocations et ne laisse guère d’espoir à ceux qui souhaiteraient s’y soustraire.

Comme lors des appels précédents, chaque homme est appelé nominalement avant de rejoindre, après réponse, un second rang de l’autre côté de la place. Commence alors un minutieux travail de sélection. Les ouvriers doivent présenter leur feuille de travail, tandis que les fermiers et ouvriers agricoles sont invités à justifier leur activité. Malgré leurs explications, plusieurs d’entre eux sont néanmoins désignés pour partir travailler.

Les hommes restés en attente sont ensuite interrogés individuellement. Beaucoup affichent un visage blême, suspendus à la décision des autorités allemandes.

Le classement s’effectue en quatre catégories :

  • les hommes immédiatement réquisitionnés ;
  • ceux dont le certificat d’identité est confisqué et qui devront le récupérer à 7 heures à la Commandantur, constituant ainsi une réserve mobilisable en cas de besoin ;
  • ceux dont la situation fera l’objet d’un examen complémentaire ;
  • enfin, ceux qui sont exemptés d’emblée, notamment certains métiers jugés indispensables, comme les boulangers ou les horlogers.

L’opération dure plus d’une heure et demie.

Lorsque vient le tour de Henry Dumortier, les autorités lui proposent un poste de commissaire chargé de surveiller les travaux. Il tente d’échapper à cette nomination en invoquant sa mauvaise vue, un argument aussitôt rejeté. Il fait alors valoir que sa présence est indispensable à la brasserie, dont les installations fonctionnent au profit de l’armée allemande et nécessitent une surveillance permanente. Cette justification est finalement retenue et il est versé dans la troisième catégorie, celle des dossiers à examiner.

Au terme de cette longue matinée, une vingtaine d’hommes sont réquisitionnés pour le travail.

Dans la soirée, à 22 heures, les Allemands font exploser trois mines dans le secteur de Saint-Éloi. Les dégâts restent limités, mais la violence des détonations impressionne jusque dans les localités voisines, rappelant que, malgré quelques accalmies, la guerre continue de faire trembler toute la région.

BRITISH OFFICIAL PANORAMAS OF THE WESTERN FRONT 1914 – 1918 (HU 100626F) DIRECTION OF VIEW: 70 degrees North North East to East Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205313991

NDLR : Vous remarquerez au loin l’église de Comines sur le cliché.

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