Transpercé à la baïonnette.

Le temps est assez beau et, lorsqu’il en est ainsi, nous voyons fréquemment passer des escadrilles de sept avions et davantage. Il est toujours prudent de se mettre à l’abri lorsque ces formations apparaissent dans le ciel.
Ce matin, les autorités allemandes viennent réquisitionner la baignoire de la brasserie Dumortier. Une protestation est aussitôt adressée à la Commandantur, les propriétaires faisant valoir qu’il s’agit d’un meuble qui doit être payé. Il leur est répondu qu’il suffit d’en fixer la valeur afin qu’un bon de réquisition soit établi. L’objet est estimé à 160 francs.
Nous apprenons aujourd’hui que le ballon captif qui s’était détaché la veille ne contenait plus ses observateurs et qu’il a finalement atterri du côté de Wevelghem.
Dès la matinée, un violent combat d’artillerie éclate et se poursuit pratiquement toute la journée.
Pas moins de 320 canons allemands pilonnent les abords de la Cote 62 afin de préparer un assaut contre les positions canadiennes qui défendent ce point stratégique de la route de Menin à Ypres. Trois régiments sont engagés dans l’attaque. Les combats sont d’une rare violence et dégénèrent souvent en corps à corps. Sous la pression allemande, les Canadiens sont contraints d’abandonner la Cote 62 après avoir subi de lourdes pertes. Cette hauteur domine la route Menin-Ypres à environ cinq kilomètres d’Ypres et constitue l’un des points les plus importants du secteur.
Le soir, vers 21 h 30 — heure française ou, plus exactement, heure anglaise depuis l’avancement des horloges au 1er mai — l’artillerie alliée entre à son tour en action. Son roulement ininterrompu se prolonge durant une grande partie de la nuit.
Au cours de la journée, un immense panache de fumée noire s’élève au-dessus d’Houthem avant de dériver vers Comines. Pendant plusieurs heures, un épais brouillard de fumée recouvre la ville.
Sur le front de la crête de Zwarteleen, deux généraux canadiens, logés à Reningelst et à l’Ouderdom, se rendent dès l’aube dans les premières lignes afin de suivre les opérations. Pris dans la tourmente de l’attaque allemande, ils se retrouvent au cœur d’un combat furieux. L’un d’eux, le général Malcolm Mercer, refuse de se rendre. Blessé puis transpercé à la baïonnette, il demeure dans le no man’s land où il succombe dans la nuit du 2 au 3 juin. Son corps sera récupéré par ses hommes et reposera plus tard au cimetière militaire de Poperinghe.

La bataille coûte très cher aux Canadiens, qui déplorent près de 3 000 pertes. Les Allemands, quant à eux, parviennent à avancer d’environ 1 500 mètres dans le secteur de Zwarteleen, au sud-est d’Ypres.
Sources :
Référence :
- Tome 12 – SHCWR
- La Guerre
- Journal de guerre
Auteur :
- Dumortier Henry
- Bernard Vernier
- Achiel Van Walleghem
Lieu :
- Comines – Belgique
- Houthem
- Zillebeke
