Réquisition de baignoire.

La nuit est marquée par de violents combats d’artillerie du côté de Hooge. Après une accalmie momentanée, le bombardement reprend de plus belle vers 1 h 30 du matin, provoquant même une alerte dans les baraquements voisins.
Vers 6 heures, neuf avions traversent le ciel de Comines. Ils auraient bombardé Menin. À midi, une nouvelle formation de sept appareils apparaît. L’un d’eux est touché par la défense adverse, mais semble néanmoins parvenir à regagner les lignes alliées en direction de Gheluvelt.
Henry Dumortier refuse d’accepter l’indemnisation dérisoire de quarante marks accordée pour la baignoire réquisitionnée. Puisqu’on refuse de porter sur le bon la valeur réelle de 160 francs, il demande au moins une reconnaissance détaillée mentionnant : « Une grande baignoire à bords parallèles, en fonte émaillée porcelaine, blanche à l’intérieur et laquée blanc filet or à l’extérieur, avec soupape et trop-plein en cuivre. »
Un soldat bavarois venant de Carvin apporte verbalement de bonnes nouvelles de la famille Spriet. Dans leur région, la situation serait relativement calme.
Le couvre-feu demeure fixé à 19 heures (18 heures selon l’ancienne heure belge). Une contrainte que beaucoup trouvent particulièrement pénible avec l’arrivée des longues soirées de printemps.
À Berlin, on célèbre avec éclat la victoire remportée par les troupes wurtembergeoises à Zillebeke. Les communiqués allemands annoncent la capture d’un général blessé, de treize autres officiers et de 350 soldats valides, auxquels s’ajoutent 163 blessés faits prisonniers. Les pertes britanniques seraient, selon ces mêmes sources, très importantes.
Les autorités allemandes affichent également une grande victoire navale remportée sur la flotte britannique en mer du Nord, au large du Danemark. Pour marquer l’événement, le drapeau allemand flotte au sommet du beffroi de Comines-France dans la soirée.
Il s’agit de la Bataille du Jutland, le plus grand affrontement naval de la Première Guerre mondiale. Le 31 mai, la flotte allemande quitte ses ports pour tenter d’attirer une partie de la flotte britannique dans un piège. La rencontre donne lieu à une bataille d’une ampleur sans précédent. Si les Britanniques enregistrent des pertes plus lourdes en navires et en hommes — environ 6 000 morts contre quelque 2 000 du côté allemand selon les chiffres officiels — la situation stratégique reste inchangée. La flotte allemande regagne ses bases sans avoir réussi à briser le blocus britannique, qui continuera à étouffer l’économie du Reich jusqu’à la fin de la guerre. Les Allemands peuvent revendiquer un succès tactique, mais les Britanniques conservent la maîtrise de la mer du Nord. Ainsi, derrière les proclamations triomphales affichées dans les villes occupées, la réalité militaire apparaît beaucoup plus nuancée.

