Très froid.

Le temps est très froid depuis quelques jours; un pardessus n’est pas de trop.
La nuit a été un peu moins marquée par le canon, mais la fusillade reste nourrie. Une alerte a encore été donnée dans les baraques construites dans le jardin de la brasserie Dumortier.
Les officiers sont rentrés depuis samedi soir. Tous prennent quotidiennement leur bain et ont même emporté la clé de la salle de bains. Hier, ils ont également détérioré l’appareil chauffe-bain qui ne fonctionne désormais plus. Le capitaine se promène fréquemment en manches de chemise dans le couloir de l’étage.
Au jardin, de nouveaux arbustes ont été abattus à proximité des baraquements. Peu à peu, plus rien ne semble devoir être épargné. Nombre d’arbres dépérissent à la suite des blessures subies ou des transplantations forcées. Il est douloureux de constater à quel point les lieux sont défigurés.
Les vols se multiplient également : rhubarbe, groseilles encore vertes et autres produits du jardin disparaissent régulièrement.
Le front belge s’étend désormais davantage. Les soldats belges ont relevé les troupes françaises à Steenstraete et occupent à présent un secteur allant jusqu’à Boezinghe. Cette extension permet au vicaire de Dickebusch de rencontrer plusieurs militaires originaires de la région. Les témoignages recueillis font toutefois état d’un moral en berne. Pour beaucoup, la fin de la guerre paraît encore bien lointaine.
Du côté de Hooge, les Allemands ont poursuivi leur progression. Les troupes britanniques ont dû abandonner entièrement cette position stratégique après de violents combats qui leur ont coûté de lourdes pertes. À Poperinghe, le passage incessant des ambulances et des colonnes sanitaires témoigne de l’ampleur des affrontements : près de 2.500 blessés y auraient transité ces derniers jours.

