Il fait lourd.

Le temps est extrêmement chaud et l’atmosphère lourde.
Dans l’après-midi éclate un violent orage. Les enfants, peu habitués à entendre autre chose que le fracas de la guerre, croient d’abord à un bombardement ; certains veulent absolument se réfugier dans les caves. La foudre tombe cependant sans provoquer de dégâts, notamment chez Jules Van der Mersch et près de la gare. Après cette chaleur étouffante, l’orage apporte un peu de fraîcheur.
Le jardin d’agrément de la brasserie Dumortier continue d’être réaménagé par un soldat allemand. Les baraquements sont désormais terminés et l’un d’eux est occupé depuis hier. Quelle gêne permanente d’avoir tous ces soldats dans les jambes : il devient presque impossible de circuler librement dans le jardin.
Les prairies sont déjà fauchées et accueillent maintenant des centaines de chevaux. Elles sont réservées aux Allemands, qui ont demandé à la Ville la liste des propriétaires des terrains, promettant une indemnité de 0,50 franc par are loué.
Durant la nuit, un incendie éclate à l’usine d’Ennetières.

Du côté allié, les artilleurs belges détachés au sud-ouest d’Ypres jouissent d’une excellente réputation pour la précision de leurs tirs, mais également d’une certaine renommée pour leur goût de l’argent et des arrangements. Récemment, quatre d’entre eux ont franchi ivres la frontière près de Bailleul à bord de charrettes chargées de foin. Lors d’un contrôle, l’un des soldats a retiré du foin pour nourrir les chevaux, révélant ainsi trois tonneaux de bière destinés à trois cafés de Dickebusch. Seule l’intervention d’un officier permit d’éviter un procès. D’autres hommes de la 6e batterie ont également été arrêtés pour avoir récupéré le zinc de toitures de maisons bombardées et abandonnées.
