Changement d’heure

Le ciel a été en feu toute la nuit ; les projecteurs antiaériens fonctionnent sans arrêt.
L’heure n’ayant pas encore été modifiée en Belgique, les offices ont lieu aux heures habituelles. Les Allemands disent la messe à l’église, qui est vidée et que l’aumônier a fait arranger. À 15 h, depuis l’intérieur de la cure, on entend les soldats réciter le rosaire. C’est vraiment imposant et touchant.
Dans la journée, on affiche qu’à partir de ce jour, l’heure est retardée d’une heure. La sortie des habitants et l’ouverture des estaminets peuvent désormais se faire entre 5 h du matin et 19 h, heure allemande, mais aucune lumière ne peut filtrer des maisons.
Nous n’avons jamais eu tant de liberté ! Il est vrai que c’est une autre Commandantur.
La journée s’allonge donc d’une heure, puisque nous nous sommes levés à l’ancienne heure et nous nous couchons à la nouvelle.
Ce matin, pendant la grand-messe, des aéros sont signalés. L’un d’eux incendie le ballon du Cruyseecke, surnommé « Amérique ».
Le soir, peu de gens profitent de la prolongation horaire, tant il fait obscur dans les rues. C’est triste, maintenant, de traverser la ville dans l’obscurité.
À Comines-France, pour ne pas se montrer trop heureux de la destruction d’un ballon d’observation allemand, il est courant d’annoncer, avec humour, que l’on a « tué le cochon », comme c’est le cas aujourd’hui du côté de Geluwe.

La route d’Armentières, qui mène vers le front, est déserte. Les quelques Cominois qui s’y risquent sont en quête de pommes de terre auprès des cultivateurs de la Gaie Perche.
