36 obus

La nuit est marquée par de nombreux tirs d’artillerie allemands, principalement des obus de bombardement. En journée, le front paraît relativement plus calme, mais cette impression est brutalement démentie en début de soirée.
Vers 18 h 15, alors que plusieurs habitants sont réunis à l’estaminet « La Fontaine », une formidable explosion secoue tout le quartier. Les premiers obus tombent sans même avoir été entendus siffler, tant ils éclatent à proximité. La panique est immédiate : soldats et civils se précipitent vers les caves. Une douzaine d’obus s’abattent ensuite à intervalles réguliers.
À la brasserie Dumortier, un obus explose dans la cour. Un soldat allemand y est atrocement blessé par les éclats. Transporté dans la cuisine, où les premiers soins lui sont prodigués au milieu d’une mare de sang, il est rapidement évacué par le service de santé. Son état est désespéré.
L’angoisse est d’autant plus grande que tous les membres de la famille ne sont pas encore rentrés. Magdeleine, surprise par le bombardement, a trouvé refuge dans une cave voisine avant de pouvoir rejoindre les siens. Le soulagement des retrouvailles n’efface pas la peur qui s’est emparée de chacun.
À peine le calme semble-t-il revenir qu’une nouvelle salve commence vers 20 h 15. Pendant une trentaine de minutes, une vingtaine d’obus frappent de nouveau le quartier. Une baraque située en face de la brasserie est touchée.
Les dégâts sont considérables dans tout le voisinage. La propriété des Dumortier est atteinte : un éclat traverse la buanderie, le bac à eau est percé, de nombreux arbres sont mutilés et des fragments d’obus viennent jusqu’à frapper le sommet de la grande cheminée. Les environs sont également durement touchés : la poste, les Sœurs d’Orléans, le passage à niveau, plusieurs maisons de la rue de la Gare, le chantier Béague ainsi que l’estaminet « La Fontaine », déjà endommagé, sont atteints.

NDLR : Cette photo date de 1918 on peut y voir que la grande cheminée va résister aux différents bombardements ! Nous y reviendrons plus tard.
Le diariste résume alors le sentiment de toute une population :
« Quelle vie, quelles inquiétudes ! Et dire que nous ne pouvons quitter la localité ! Combien notre santé souffrira de tout cela ! Nous serons tous des névrosés, des cardiaques; les enfants en tremblent durant des heures entières. »
Après plusieurs heures passées dans la cave, chacun tente de regagner son lit, sans véritable espoir de trouver le sommeil.
Victime civile :
HOORELBEKE Achille, né à Wytschaete le 2 février 1895, décède ce jour à 19 heures, au lieu-dit Le Coupe-Gorge, sur la commune de Rixent (Pas-de-Calais), à Hydrequent.
