Des chaises

Le canon allemand a tiré abondamment durant la nuit. Les journées restent relativement calmes, mais l’activité ne faiblit pas : dès que le temps le permet, de nombreux aéroplanes sillonnent le ciel. On remarque aussi le retour des automobiles, devenues rares depuis quelque temps, ainsi qu’un service de motos désormais bien organisé. Vers midi, un convoi impressionnant de douze camions avec remorques traverse la ville, vraisemblablement chargés de munitions, en direction de la France.
Dans la matinée, un incident révélateur se produit au couvent. Le curé, Jean-Baptiste Delporte, y est abordé par un aumônier allemand, au maintien soigné, qui réclame les chaises de l’église pour ses soldats. Le curé s’y oppose fermement, rappelant que ces biens appartiennent à l’église seule. Il va jusqu’à déclarer que le Kaiser sera puni pour s’être emparé de lieux et d’objets sacrés sur lesquels il n’a aucun droit. Il finit par proposer de prendre les vieilles chaises de l’ancienne église près de la Lys. L’aumônier, qui pensait d’abord avoir affaire à un catholique, apprend ensuite qu’il s’agit d’un protestant — ce qui ne change rien à la fermeté de sa position.
Le Zeppelin aperçu quelques jours plus tôt a finalement chuté à Dadizele, près de la route de Geluwe. Les soldats allemands revenus à Comines confirment par ailleurs l’importance de la bataille qui s’est déroulée récemment dans les environs de Messines.
Du côté de Vlamertinghe, on observe la chute de petits ballons porteurs de messages imprimés, décorés aux couleurs allemandes. Ces textes, présentés comme des lettres de prisonniers allemands adressées à leurs compatriotes, participent en réalité à une intense campagne de propagande, preuve que la guerre se joue aussi dans les esprits.

