Alarme vers 7 h

Hier soir, entre 21 et 22 heures, un bref roulement de canonnade se fait entendre, ne durant que quelques secondes. Mais à 4 h 20 du matin, une violente explosion — probablement de mines ou de tranchées — réveille brutalement la population. Elle marque le début d’un bombardement d’une intensité exceptionnelle, au point de faire trembler les maisons. Cette fois, l’action se situe entre Kemmel et Zillebeke, notamment dans les secteurs d’Oosttaverne et du Moulin Brûlé.

Dès 6 heures, cinq compagnies montent en ligne, le visage fermé, le casque à pointe sur la tête. « Notre » chef de bataillon, appelé à partir au feu le soir même, est immédiatement sur pied. À la brasserie Dumortier, c’est une agitation fébrile : un va-et-vient incessant de soldats, des ordres criés, une alarme comme on n’en a encore jamais vu à Comines. Toutes les troupes stationnées dans les deux Comines — y compris celles revenues la veille, celles du Godshuis et les renforts venus de Wervicq-Sud — reçoivent l’ordre de partir immédiatement. On apprend bientôt qu’il s’agit d’une attaque anglaise.

C’est ainsi que débute la bataille de Saint-Éloi, située à environ neuf kilomètres au nord-ouest de Comines. Elle commence par l’explosion, vers 4 heures du matin, de cinq fourneaux de mines totalisant près de 125 tonnes de dynamite, placés par les Britanniques dans des galeries creusées sous les positions avancées allemandes. L’artillerie lourde anglaise entre ensuite en action, bientôt suivie des combats d’infanterie, au cours desquels sont parfois employés gaz et lance-flammes.

Le long du canal, près du cimetière et de la route de Warneton, des troupes du 209ᵉ régiment, tenues en réserve, restent prêtes à intervenir au premier signal. Au cimetière même, on continue pourtant à planter de nouveaux arbres et à effectuer quelques travaux de remise en état — contraste saisissant avec la violence des combats proches.

À Comines, le calme relatif persiste dans la journée, mais du côté de Hollebeke, la canonnade se prolonge jusque dans l’après-midi. Sous la lumière du matin, on distingue nettement les ruines de Warneton, où subsistent encore quelques toitures intactes.

Ruines Warneton – Fonds SHCWR

Dans l’après-midi, les voitures d’ambulance circulent activement, témoignant de l’ampleur des pertes. À la Kommandantur, une nouvelle réorganisation est en cours : il n’y a momentanément plus de commandant de place. Un nouvel adjudant, accompagné de personnel fraîchement arrivé, procède à la visite systématique des habitations afin d’y loger davantage d’officiers et de soldats. Les exigences se font plus strictes, et la pression sur la population ne cesse de s’accentuer.

Sources :
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