Le curé dort à la cave

Le canon tonne terriblement toute la nuit.
Dès 5 h 30, certains quittent leur maison ; il faut être prêts pour 7 h. Nous ignorons quand nous les reverrons. Le camion est chargé, mais il n’emporte que peu de choses : malles, caisses, lit, pianola…
À 7 h, tous se présentent à la Commandantur pour vérification, avant le départ vers Tourcoing où ils arrivent à bon port vers 11 h.
Certaines maisons se retrouvent vides et doivent être occupées par des évacués de Warneton, peu enthousiastes, car les meubles ont souvent été mis à l’abri dans la famille. Il ne reste parfois que les murs et les portes.
Des soldats circulent dans les jardins avec des grenades à main. L’inquiétude grandit après les événements des derniers jours. On signale le danger à un sous-officier, mais sans résultat.

À la brasserie Dumortier, les vitres sont remplacées par des planches, plongeant les lieux dans la pénombre. Le spectacle est pénible, comme pour de nombreuses habitations voisines.
Forte canonnade durant la journée.
Le curé Delporte revient définitivement au presbytère, qu’il a dû abandonner lors de la grande explosion du 27 décembre. Il finit par dormir à la cave en raison du vacarme. Les fenêtres ne ferment plus.
À Bas-Warneton, un jeune homme, Vlaminck, de la rue des Trois-Ballots, est écrasé par une locomotive en manœuvres sur une voie de garage..
