De fortes grenades

Cette nuit, entre 1 h 30 et 2 h 30, une vive canonnade résonne entre Hollebeke et Wijtschate. Le grondement continu de l’artillerie est d’une intensité que l’on n’avait plus entendue depuis longtemps.

Ce matin, un important convoi d’artillerie quitte la ville.

Vers 11 h 30, des avions bombardent le « Pionier Park », situé près de l’église et de la place Sainte-Anne. Depuis quelque temps, les soldats avaient pris l’habitude de s’exercer au lancer de grenades à main derrière la cure.

Parc Pionnier Eglise Comines-Belgique – Fonds SHCWR

Le curé, Jean-Baptiste Delporte, vient justement de rentrer du couvent des Sœurs d’Orléans, où il était allé confesser les religieuses. À peine arrivé chez lui, il entend une détonation plus forte que les précédentes et dit à son entourage :

« On lance bien de fortes grenades aujourd’hui ! »

« Oui, répond la servante, des grenades telles que, de suite, nous serons dans la cave ! »

Au même instant, une détonation terrible retentit. Ce n’est pas une grenade, mais une bombe qui vient de tomber à une dizaine de mètres de la cure.

Ils ont à peine commencé à descendre les premières marches de la cave qu’une seconde bombe tombe à l’autre extrémité de la place Sainte-Anne. Elle tue sur le coup un petit garçon, Alphonse Warnez, élève du grand catéchisme.

Voici comment le drame s’est produit : la famille ne disposait pas de cave et avait l’habitude, en cas d’alerte, de se réfugier chez un voisin. Ayant entendu la première explosion, l’enfant sort de chez lui pour rejoindre cet abri. À peine dehors, il est atteint par la seconde bombe et tué instantanément. La violence de l’explosion est telle que son corps s’est enfoncé dans le sol.

Depuis quelques jours, les soldats ne portent plus la pointe métallique sur leurs casques. Le cuivre devient rare et il se dit que la réquisition des objets en cuivre ne peut plus se poursuivre normalement. À Menin notamment, le cuivre aurait bien été démonté et brisé, mais il ne pourrait plus être évacué.

Le bombardement fait également d’autres victimes et provoque d’importants dégâts. Une femme est tuée rue du Château prolongée et un homme grièvement blessé rue Carnot. Une bombe tombe dans la prairie, à quelques mètres seulement du jardin de la brasserie Dumortier. Une autre tombe sur une maison à étage, dans le sentier de Ten-Brielen, sans parvenir à la traverser entièrement. Une autre encore atteint la cave allemande de la rue de Wervicq, près de Sainte-Anne.

Trois bombes tombent sur le parc des pionniers, derrière l’église. Plusieurs autres atteignent la prairie près de la voie ferrée, qui aurait été touchée à plusieurs reprises, peut-être jusqu’à douze fois.

À Comines France, les impacts sont signalés dans les rues du Château, Carnot — l’ancienne rue de la Planquette — et Gambetta, l’ancienne rue de la Chaîne.

Au total, une bonne vingtaine de bombes sont tombées sur Comines Belgique et Comines France.

Pendant que la ville est encore sous le choc et en deuil de cette catastrophe, le maire Ducarin, en habit et haut-de-forme, se rend à dîner rue du Château, chez Désiré Cousin, où il est reçu par le commandant de place. Il est ensuite reconduit chez lui en voiture. La réciprocité des invitations semble être de mise : mardi dernier, le commandant avait lui-même été reçu à dîner chez Ducarin.

À Quesnoy, la nuit dernière, les cloches ont sonné pour avertir la population, tant les gaz asphyxiants se répandaient dans la ville.

Sources :

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