Un avortement tactique.

La nuit est relativement calme, offrant enfin quelques heures de répit à une population épuisée par les bombardements des jours précédents.

Au matin, les anciens parcourent la ville pour constater les dégâts. Le spectacle est profondément décourageant : maison après maison, jardin après jardin, ils voient disparaître le fruit de toute une vie de travail. Cette lente destruction du patrimoine familial pèse autant sur les esprits que les privations ou les bombardements.

Toute la journée, chacun redoute une reprise des tirs d’artillerie. Finalement, aucun obus ne tombe et l’on respire un peu. Mais vers 20 h 30, l’attention est attirée par l’arrivée de trois imposants avions de bombardement, escortés de deux appareils de chasse. La formation suit la ligne de chemin de fer reliant Comines à Wervik jusqu’au secteur du Godshuis, avant de virer vers la France. Le spectacle est impressionnant et les habitants s’attendent à voir le pont ferroviaire devenir leur objectif.

Les appareils contournent cependant Comines France. Alors qu’ils se trouvent dans la direction du beffroi, une violente explosion retentit, accompagnée de bris de vitres. Le bruit, trop proche et trop soudain, exclut l’hypothèse d’une bombe larguée par les avions. Il s’agit une nouvelle fois d’un obus de très gros calibre, semblable à ceux tombés la veille. Le cratère laissé par l’impact est considérable.

Malgré cette nouvelle frayeur, aucun autre projectile ne suit et la journée s’achève sans nouveau bombardement.

Le bourgmestre est absent de Comines : il séjourne à Bruxelles pour deux jours.

En Belgique non occupée, les habitants remarquent l’arrivée de nombreux gendarmes belges. Cette concentration inhabituelle laisse penser que les autorités se préparent à rétablir rapidement l’administration civile dans les territoires qui pourraient être repris à l’ennemi.

Sur le front de Fromelles, le désastre allié se confirme. Les unités australiennes qui avaient réussi à pénétrer dans les lignes allemandes sont contraintes de se replier sous un feu meurtrier. En une seule nuit, la 5ᵉ division australienne perd 5 533 hommes, faisant de cette journée la plus sanglante de toute l’histoire militaire australienne. Les pertes sont comparables à l’ensemble de celles subies par l’Australie durant la guerre des Boers, la guerre de Corée et la guerre du Vietnam réunies. Le général Harold Edward « Pompey » Elliott qualifiera plus tard cette offensive d’« avortement tactique ». Les hôpitaux de Bailleul sont désormais remplis de blessés australiens évacués du champ de bataille.

Brigadier General Harold Edward Elliott (HU 109478) Brigadier General Harold Edward Elliott CB CMG DSO DCM VD. Unit: Australian Imperial Force; Staff. Death: 23 March 1931. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205294289

Sur le plan international, le Siam (l’actuelle Thaïlande) déclare la guerre à l’Empire allemand, rejoignant ainsi le camp des Alliés, une décision qui témoigne de l’élargissement progressif du conflit à l’échelle mondiale.

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