Le pont interdit.

C’est surtout le dimanche que l’on ressent la privation de ne pouvoir se rendre en France. Cette mesure, la plus rigoureuse depuis le début de l’occupation, est une véritable gêne pour tout le monde. Les ouvriers belges travaillant en France, tout comme les Français travaillant en Belgique, ne peuvent obtenir de passeport. Seuls quelques ouvriers du gaz et quelques autres employés pour le compte de la Commandantur continuent à faire la navette. Même les médecins ne peuvent plus franchir le pont.
Lors de l’appel de ce jour, quelques hommes se font prendre et sont punis d’une amende, soit pour leur retard, soit parce qu’ils fumaient. Vangassen, arrivé en retard tout en fumant, voit sa pipe projetée au loin par la main du gendarme.

Concernant la question des ouvriers, on n’entend plus rien dire. À Roubaix, Tourcoing et Lille, environ deux cents personnes de bonne famille, hommes et femmes, auraient été emmenées en Allemagne. Il s’agirait, paraît-il, de mesures de représailles. Florent Carissimo, âgé de 76 ans, serait du nombre.
La résurrection de la Pologne est annoncée par la déclaration d’intention publiée ce jour et signée par Guillaume II et François-Joseph.
