Les prisonniers allemands parlent

Henry Dumortier, n’ayant reçu aucune réponse de la Commandantur à ses lettres des 4 et 8 octobre, écrit de nouveau, mais sans plus de résultat.
Les pièces d’artillerie entreposées à la brasserie sont des lance-mines montés sur de petits chariots à deux roues. Chaque jour, des soldats conduits par un officier viennent s’exercer dans la cour et apprendre à manier ces armes. Notre curiosité suscite leurs railleries.

Depuis quelque temps, les mercantis font beaucoup parler d’eux. À l’Hôtel des Trois Rois ou chez N…, ils organisent des banquets ou des parties de cartes où l’on joue jusqu’à cinq cents francs, en compagnie de femmes. Le champagne coule à flots. Chaque jour, on en rencontre à l’hôtel, ivres de bière allemande. La bonne société en est écœurée et beaucoup quittent l’établissement.
S’il ne s’agissait que de spéculer sur les articles de luxe ! Mais ces mercantis ne font aucune distinction. Les œufs achetés à la ferme, ici, à 0,40 franc, sont revendus en France à 0,95 franc. Le fromage vaut 11 francs à Comines Belgique. Les pommes, achetées par wagons à 29 francs, sont revendues à 55 francs. Et il en va ainsi pour le reste. Un lapin coûte de 15 à 20 francs.
Beaucoup de Français viennent eux-mêmes en Belgique faire leurs petites provisions, qu’ils parviennent à faire passer en fraude malgré les difficultés.
Depuis quelques jours, l’écurie de la brasserie a été débarrassée des limonades, remplacées par quatre chevaux. L’équipe civile de la limonaderie, déjà réduite une première fois, vient de l’être à nouveau. Il ne reste plus que dix hommes et quatre soldats. Il est vrai que la production atteint à peine mille bouteilles par jour.
Un autre avion s’écrase à la Garde de Dieu, sur Bas-Warneton. Nous sentons encore une légère odeur de gaz.
Hier, le bourgmestre s’est rendu à Menin pour organiser le ravitaillement. Rien n’étant encore en place, il revient bredouille, mais obtient aussitôt un passeport pour retourner une nouvelle fois à Courtrai, le 18.
Les prisonniers allemands employés aux travaux de récolte en zone non occupée sont autorisés à prendre un bain une fois par semaine. Ces bains ont lieu dans la brasserie de Nestor Six, brasseur à Reninghelst.
C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur ce qui se passe en zone occupée. En effet, aucune information ne filtre depuis les territoires situés derrière la ligne de front.
Certains militaires allemands expliquent avoir combattu dans la région d’Ypres jusqu’à une date récente, avant d’être envoyés sur la Somme, où ils ont été faits prisonniers. Ils connaissent donc bien les environs et racontent ce qu’ils ont vu.
Selon leurs témoignages, il ne reste plus aucun civil à Poelcappelle. Plus loin, à Westrozebeke et à Oostnieuwkerke, quelques habitants sont encore présents. Roulers, en revanche, est très animée et la bière Rodenbach y coule à flots.
Les prisonniers conservent leurs uniformes. Ceux qui n’en possèdent plus reçoivent une tenue grise portant une inscription dans le dos.
Sources :
Référence :
- Tome 12 – SHCWR
- Journal de Guerre
Auteur :
- Dumortier Henry
- Achiel Van Walleghem
Lieu :
- Reninghelst
- Comines – Belgique
