On démonte la brasserie.

À 7 h, six soldats sont arrivés à la brasserie Dumortier pour démonter les cuivres (chaudières, tuyaux, robinets, etc.), sous prétexte que l’établissement est en non-activité. Le travail de démolition et de découpe des chaudières et des tuyaux commence aussitôt. Quelle besogne ! Le travail de toute une vie qu’il faut voir détruire !
Henry Dumortier tente de faire remarquer :
- que, le 19 mai 1915, le IIe corps d’armée bavarois a pris possession de l’usine, alors que celle-ci était en pleine activité à cette date et que toutes les matières premières ont été réquisitionnées, moyennant un bon ;
- que, lors du départ des Bavarois, il avait fait une demande écrite, le 21 décembre 1915, à la Commandantur saxonne, pour rentrer en possession de son établissement et qu’après plusieurs démarches, il lui avait été répondu que la brasserie continuerait à fonctionner pour les soldats ;
- que, depuis cette date du 21 décembre 1915, aucune indemnité n’est versée pour la mise à disposition de l’établissement, dont les appareils nécessaires servent à la fabrication militaire de limonades.
Par ce qui précède, Henry tente de prouver que si la brasserie est considérée comme inactive, c’est bien parce qu’il a été interdit d’y faire quoi que ce soit.
De plus, il tente aussi de défendre ses intérêts en envoyant une lettre à l’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles. Il essaye, avec l’énergie du désespoir, de faire valoir que l’un des associés de la firme « Omer Dumortier et fils » est sujet américain et que ses intérêts, qui sont neutres, sont toujours placés dans la brasserie.
En effet, Pierre Dumortier, émigré en 1909 aux États-Unis, avait acquis la nationalité américaine. Pierre était revenu à Comines le 20 mai 1914 pour un congé qui devait se terminer en août, mais, à l’issue de celui-ci, il n’avait pu repartir pour les États-Unis en raison de la guerre. À Comines, il pouvait circuler assez librement.
Pierre tente de prendre la défense de l’entreprise, affirmant qu’étant associé dans la société, il était directement concerné.

À Comines France, pluie d’obus de 28 jusqu’au matin, 8 h. En ville, on estime la direction du vent ; pourvu qu’il soit bon et que les Anglais n’envoient pas de gaz.
