Direction de Hooge-Gheluvelt.

La nuit a de nouveau été terrible. Les combats d’artillerie font toujours rage dans la direction de Hooge et de Gheluvelt. Depuis près de dix-huit mois, c’est dans ce même secteur que les habitants voient le ciel s’embraser presque chaque nuit. Une question revient sans cesse : quand donc cela finira-t-il ?
À leur demande, les fils Verhaeghe et Vandewynckele sont autorisés à sortir de prison pour reprendre le travail. Les conditions de détention étaient devenues si pénibles qu’ils ont préféré céder plutôt que de poursuivre leur résistance.
Les journaux évoquent abondamment les initiatives de paix attribuées au président américain Woodrow Wilson, au pape Benoît XV et au roi Alphonse XIII, dont les noms circulent comme possibles médiateurs entre les belligérants. Des congrès et des rencontres se multiplient dans l’espoir d’une issue négociée. Pourtant, pour les habitants des régions dévastées, l’avenir demeure sombre. Comment reconstruire un jour ces campagnes et ces villages où tout ou presque a disparu ?

La vie quotidienne devient toujours plus difficile. Les vivres atteignent des prix exorbitants, l’argent s’épuise rapidement et les revenus ont pratiquement disparu. Il est presque impossible de se procurer de la viande. Les œufs atteignent huit sous pièce, le lait se fait rare et les denrées de base manquent de plus en plus. Heureusement, les légumes commencent à pousser dans les jardins. À la brasserie Dumortier, on clôture même le potager afin de le protéger des dégradations causées aussi bien par les soldats que par certains civils.
À Comines-France, le maire Ducarin est convoqué à la préfecture de Lille. Il s’y rend accompagné du commandant allemand de la place, ce qui ne manque pas d’alimenter les conversations dans la population.
Sur le front français, quatre soldats du 64e régiment d’infanterie sont fusillés pour révolte. Ces exécutions témoignent de la fermeté avec laquelle les états-majors entendent maintenir la discipline dans des armées soumises depuis bientôt deux ans à l’épreuve incessante de la guerre, des tranchées et des pertes humaines.
