Accident d’auto.

La menace se précise pour la famille : le père Dumortier pourrait voir un casino d’officiers installé au rez-de-chaussée de sa maison, ce qui l’obligerait à se replier à l’étage. Une nouvelle illustration de cette occupation qui s’immisce jusque dans l’intimité des foyers.
Les soldats, désormais, reviennent des tranchées en camions automobiles, signe d’une organisation logistique toujours plus structurée. Dans le même esprit, on entreprend l’installation d’un tram reliant la route de Wervicq-Sud à la gare belge de Comines, renforçant les liaisons vers le front. Non loin, un accident survient : une lourde automobile voit son essieu se briser, sans faire de blessés.
Dans ses souvenirs, le capitaine anglais Francis Buckley relate le retour de son bataillon vers le front. En passant par Loker, ils rejoignent la route de Wulvergem jusqu’au lieu-dit R.E. Farm, où s’opère la jonction avec les troupes canadiennes. Celles-ci bénéficient de rations de tabac particulièrement généreuses, détail qui frappe les soldats britanniques et rappelle les liens avec les terres lointaines de Ontario, où tant d’habitants de la région avaient émigré.
Mais cette journée est aussi marquée par un événement tragique et lourd de sens. Au Tir national de Schaerbeek, aujourd’hui occupé par la RTBF, les autorités allemandes exécutent l’espionne Gabrielle Petit. Originaire de Tournai, elle avait rejoint l’armée belge via les Pays-Bas avec son fiancé, avant de revenir seule en territoire occupé pour y mener des missions de renseignement. Arrêtée une première fois, puis de nouveau le 20 janvier 1916, elle est condamnée à mort le 3 mars par un tribunal militaire allemand. Son exécution incarne le courage silencieux de celles et ceux qui, dans l’ombre, ont résisté à l’occupant — et dont le sacrifice continue d’éclairer l’histoire.

