Même les poissons rouges.

Dans le jardin de la brasserie Dumortier, c’est un incessant va-et-vient de blessés. Ils sont partout : l’un marche péniblement en boitant, un autre porte le bras en écharpe, un troisième a la tête enveloppée de bandages, tandis que certains semblent indemnes. Leurs paillasses sont étendues sur les pelouses et il n’est plus possible de faire un pas sans croiser ces soldats installés dans tous les recoins du jardin.

À la Commandantur, l’adjudant Sievert refuse même de fournir un écriteau pour protéger les cultures, affirmant qu’il ne peut empêcher les soldats de se servir. Chaque jour, fruits et légumes disparaissent ; on ne se contente plus de cueillir les fraises, on arrache les plants. Les propriétaires se résignent à récolter les fruits encore verts pour en faire des confitures. Même les poissons rouges du vivier ont disparu.

Des panneaux indiquant les cabinets et urinoirs ont été installés à divers endroits du jardin, nécessitant l’abattage de nouveaux arbustes. Le jardin a perdu la moitié de sa valeur et continue de se dégrader jour après jour, souvent sans raison apparente. Plus de maison, plus de jardin, plus de brasserie… Une même question revient sans cesse : quand donc cette épreuve prendra-t-elle fin ?

À Poperinghe, le bruit court que près de 290 000 hommes seraient tenus prêts à intervenir rapidement dans le nord de la France. La gare est devenue une véritable fourmilière durant la nuit, où se succèdent sans interruption convois militaires et trains blindés, laissant présager de nouvelles opérations d’envergure.

THE BRITISH ARMY ON THE WESTERN FRONT, 1914-1918 (Q 706) British soldiers washing themselves by the wayside after being relieved from the trenches; near Poperinghe, 14th June 1916. Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205072176

NDLR : On peut remarquer la culture du houblon en arrière plan sur le cliché ci-dessus.

Sources :

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