Survol d’avions

Le temps est superbe toute la journée, aussi passe-t-il beaucoup d’aéros ; à chaque instant, il faut courir à la cave.

Les obus d’hier sont tombés sur Comines Belgique et Comines France, mais Warneton en a reçu énormément également. Le château de Louis Ghesquière a été détruit hier ; ce n’est plus qu’un monceau de ruines au milieu desquelles on aperçoit, couché et presque intact, le clocheton.

Quesnoy a reçu hier quatre-vingt-deux obus et vingt-six dimanche. Tous les habitants pensent à partir.

Ruines rue de Lille à Quesnoy – Fonds SHCWR

Ce matin, vers 8 h 30, le sous-officier chargé de la réquisition des cuivres vient trouver Henry Dumortier. Il doit le suivre à l’hôtel de ville, accompagné du bourgmestre et de Madame Dumont.

Ils sont mis en présence de deux feuilles identiques, à l’exception de leur teinte, indiquant la réquisition des cuivres de la brasserie : le numéro du wagon dans lequel ils ont été expédiés en Hongrie par la 46e division, le poids — 1 644 kg — ainsi que la stipulation suivante : ces cuivres doivent être vérifiés en Allemagne, où une déduction sera faite pour les métaux qui ne seraient pas du cuivre, tels que le fer.

Le document doit également être signé par un homme de métier, un représentant de la firme intéressée et le bourgmestre, puis revêtu du cachet de la ville. Comme tout est rédigé en allemand, l’interprète communal Gérard est appelé et le notaire Lannoy vient assister à la séance.

Henry refuse de signer, sous prétexte que toute signature suppose un accord. Or les cuivres ont été enlevés de force. Par conséquent, un bon indiquant leur poids lui suffit.

On lui répond que, s’il ne signe pas, il est fort probable qu’il n’aura plus aucun droit.

Madame Dumont demande à Henry s’il n’a pas peur qu’en refusant de signer, on vienne également enlever les cuivres de ménage. Il lui répond que ce n’est pas cela qui doit l’arrêter. Elle lui dit aussi que les signatures données dans ce genre de circonstances n’ont aucune valeur. Henry n’est pas de son avis.

Il refuse donc de signer, ajoutant que l’un des intéressés étant américain, et qu’il ne fera rien avant d’avoir pu correspondre avec l’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles.

Voyant son énergie, le sous-officier veut obliger le bourgmestre à signer. Celui-ci s’y refuse, mais accepte de le faire après avoir fait inscrire que l’intéressé n’a pas voulu signer. Ce qui est fait.

Madame Dumont demande alors à pouvoir signer après avoir fait inscrire que ses cuivres ont été enlevés de force. On lui explique qu’une réquisition suppose précisément un enlèvement de force. Après quelques hésitations, elle refuse elle aussi de signer, déclarant que son mari étant absent, elle ne peut prendre une pareille décision.

Vers 18 h 30, vingt-sept aéros arrivent, éparpillés, et laissent tomber des bombes sur Comines et ses environs. Aucune ne tombe dans le voisinage immédiat, bien que les avions restent longtemps dans les parages. La bombe la plus proche tombe près de la voie ferrée de Lille ; beaucoup d’autres tombent en France.

En zone non occupée, le clergé s’évertue à persuader la population de se séparer des jeunes enfants afin de les mettre à l’abri à l’arrière. Le rassemblement est organisé à Wulverghem.

Un accord austro-allemand institue un commandement militaire unique au profit de Ludendorff.

Serons-nous tranquilles cette nuit ? Il y a pourtant un magnifique clair de lune…

Sources :
Référence :
Retour en haut