On l’appelle le fou

« Notre » nouveau commandant de bataillon est rentré des tranchées au cœur de la nuit, entre 22 heures et minuit, accompagné de ses ordonnances.
La nuit est ensuite troublée par une série d’incidents étranges à la brasserie Dumortier. Vers 1 h 30, un coup de sifflet retentit dans la cour. Un individu s’approche, agite la poignée de la porte de derrière — laissée ouverte — entre, monte quelques marches, déclame une tirade incompréhensible, puis repart aussitôt. Quelques minutes plus tard, une ordonnance descend, inspecte rapidement, puis remonte sans explication.
Vers 2 h 30, on sonne cette fois au bureau. Pierre, réveillé, descend ouvrir : il s’agit d’un messager porteur d’ordres. Ces allées et venues nocturnes, dans un contexte de calme apparent mais de mouvements de troupes incessants depuis quinze jours, laissent présager un événement d’importance imminente.
La nuit agitée ne s’arrête pas là : la porte étant restée grande ouverte, Magdeleine se lève avant 5 heures, croyant entendre des cris d’enfants… pour découvrir en réalité une violente bataille de chats introduits dans le vestibule.
Dans la journée, une nouvelle inquiétude apparaît : la menace de voir la maison du brasseur réquisitionnée pour servir de casino d’officiers. Elle est visitée par un certain Sivert, surnommé « le fou » par les soldats. Ce personnage, notaire dans son pays — un « Reichsnotar » — se distingue par son attitude hautaine, autoritaire et volontiers provocatrice, cherchant manifestement à imposer sa présence et à inquiéter les habitants.
Par ailleurs, la ligne de chemin de fer entre Lille et Comines est rétablie. Les premiers convois apportent des baraquements préfabriqués, signe d’une organisation plus durable du front et de l’arrière immédiat.
En ville, les journaux allemands circulent en grand nombre : on en compte une quinzaine, venus de toutes les régions d’Allemagne. Les habitants parviennent parfois à se procurer des exemplaires du Kölnische Zeitung, qu’ils lisent pour tenter de comprendre l’évolution de la guerre à travers le regard de l’occupant.

