A l’appel toutes les semaines

Il fait un froid très vif ; la gelée persiste sous un vent de nord-est.

Toute la journée se déroule un mouvement continu de troupes : départ du 64e régiment, cantonné côté français, et arrivée du 242e régiment saxon, déjà présent en juillet.

A lieu aujourd’hui l’appel des hommes de quarante à cinquante ans. Parmi eux figurent les deux vicaires ainsi que l’abbé Plovier. Les vicaires doivent désormais se présenter chaque semaine à cet appel que les Allemands nomment le « contrôle ». Depuis longtemps déjà, les civils y sont soumis ; à une certaine période, l’obligation aurait même concerné les hommes jusqu’à soixante ans. Le curé, toutefois, n’y fut jamais convoqué.

Dans l’après-midi, la neige tombe en bourrasques et finit par tenir au sol. Vers 15 h 30, six obus passent en direction de Wervicq, sans que l’on entende leur éclatement. Le matin, un enterrement venu de Belgique voit passer sept grands cercueils ; l’après-midi, neuf autres cortèges ont lieu côté français.

Le beurre se vend 10 marks, soit 12,50 francs, auxquels s’ajoutent 10 à 12 % de change, portant le prix à environ 13,75 à 14 francs. La Ville a pu se procurer 1 500 kg de pommes de terre distribués à une partie de la population — par tirage au sort des lettres de l’alphabet — à raison d’un kilo par personne au prix de 0,10 franc le kilo. On espère de nouveaux arrivages. Le bourgmestre n’ayant pu se rendre ni à Kortrijk ni à Wervicq depuis six semaines, les vivres du Comité hispano-américain arrivent difficilement ; de plus, le charbon manque totalement.

L’artillerie anglaise poursuit l’installation de pièces marines de très gros calibre. À Dikkebus, un second monstre, mobilisant près d’une centaine d’hommes, est positionné dans la cour d’une ferme. Il s’agirait d’un canon de 380 mm : ses roues mesurent deux mètres de diamètre pour quatre-vingts centimètres de largeur, et trois tracteurs sont nécessaires pour le déplacer. Lors des premiers tirs, les vitres des habitations voisines volent en éclats ; selon certaines informations, les coups seraient dirigés vers le canal Comines–Ypres.

Pas si simple d’utiliser des pièces de ce calibre, comme le montre le petit film ci-après.

Sources :
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