Les cloches sonnent. Toujours sous les bombes.

La nuit est calme.
À 11 h 30, les cloches sonnent pendant un quart d’heure pour annoncer une nouvelle victoire allemande en Russie. Elles retentissent encore une heure entière après 16 h.
Mais la guerre n’est jamais loin. Vers 11 h, deux obus tombent sur Comines-France. Vers 15 h, ce sont sept ou huit autres. À 18 h 30, une nouvelle salve s’abat sur la ville.
Une Cominoise laisse échapper une réflexion amère :
« Et dire que nous devons prier pour que les Allemands n’emploient pas contre nous les canons qui nous bombardent déjà… »
L’angoisse monte. Seront-ils bientôt bombardés à fond ? Faut-il envisager d’évacuer ? Les caves offrent bien peu de protection contre les obus, mais partir paraît tout aussi incertain : sans voiture ni chariot, que pourrait-on emporter ?
À la brasserie Dumortier, occupée par l’état-major allemand, le colonel et son lieutenant quittent Comines-Belgique pour rejoindre la France. Le 2ᵉ régiment d’artillerie, cantonné dans les maisons voisines, les suit. Le quartier leur reste réservé pour leur retour. Avec ce départ, disparaît aussi la voiture réquisitionnée, qui assurait jusque-là le service du docteur.
Dans les casinos allemands, on décroche les lampes — signe discret que la guerre continue de transformer chaque détail du quotidien.
