Se battre pour cinq cratères

À Comines, côté français, il est deux heures du matin lorsqu’une forte explosion retentit, brisant le silence de la nuit. Les esprits s’interrogent aussitôt : tout porte à croire que cela provient encore de Saint-Éloi, où l’on se livre, depuis près de trois semaines, à des combats acharnés pour la possession de cinq cratères. Les canons allemands y crachent sans relâche, produisant ce bruit continu que certains comparent à celui de rabots mécaniques.
Vers sept heures du matin, vingt-six obus tombent successivement à droite du clocher de la nouvelle église de Comines Belgique, frappant tous au même endroit avec une précision saisissante.

Des rumeurs persistantes circulent également : à Roubaix et Tourcoing, des milliers de civils — hommes et femmes — auraient été rassemblés pour être envoyés en Allemagne, entassés dans des wagons à bestiaux. On évoque l’intervention du chanoine Lecomte, qui aurait obtenu que les hommes et les femmes soient séparés durant le transport.
Dans la journée, le commandant, accompagné d’Henri Lannoy, procède à une visite des estaminets. Le constat est sans appel : la plupart sont fermés — soixante-douze au total. Vingt-six sont réservés exclusivement aux soldats, certains ne pouvant servir que du café. Seize seulement restent accessibles aux civils : « Harmonie », « Grande Harmonie », « Fontaine », « Avenir », « Espérance », « Centre », « Bons Amis », « Café du Nord », ainsi que Masil, Poncheau et Lobeau.
