Regard d’un Cominois

Perché dans la toiture de la maison où il est hébergé, le jeune Alphonse Bernier, fils de Madame Hassebroucq, est un témoin privilégié de la campagne environnante. Il observe avec attention les mouvements des aéroplanes. Il note les caractéristiques de chaque appareil et parvient à les reconnaître, qu’ils soient allemands, britanniques ou français. Son journal fait également référence aux différentes unités allemandes qui circulent et stationnent en ville.
Cette fois, il est intrigué par la disparition soudaine des insignes régimentaires portés sur les épaulettes des soldats et des officiers. Les quartiers occupés par les différents régiments stationnés à Comines ont eux aussi supprimé toute indication permettant de les identifier.
Ce matin, debout dès 3 h, il observe un bombardement britannique visant une batterie allemande située à proximité de la ville. Il décrit la scène avec une précision remarquable :
« Tout à coup, plouf ! Un obus lourd anglais éclate juste à gauche de la batterie et, emportée par le vent, sa fumée recouvre celle-ci. Une fumée rousse, épaisse, mais régulièrement ; un petit nuage blanc s’envole. Une minute plus tard, un second obus. Ce n’est pas mieux, toujours trop à gauche, et les Allemands tirent toujours. Ah, si j’avais n’importe quoi pour faire rectifier ! J’en ai vu éclater comme cela, plus de huit, tous à côté. J’enrageais ; et les Allemands tiraient toujours. »

NDLR : image d’illustration à la même période, on peut aisément imaginer le même genre de batterie anglaise autour de Comines.
